Une dangereuse crème solaire pour enfant retirée en Espagne… mais pas chez nous

Malgré ses promesses, la crème solaire visée ne protège pas correctement les jeunes peaux sensibles contre les UVA et les UVB.
Malgré ses promesses, la crème solaire visée ne protège pas correctement les jeunes peaux sensibles contre les UVA et les UVB. - Pierre-Yves Thienpont

C’est une information brûlante qui vient de nous parvenir d’Espagne via Test Achats : l’association de consommateurs a révélé ce jeudi après-midi que, ce mercredi soir (16 octobre), les autorités sanitaires espagnoles (pour être précis, l’agence espagnole des médicaments et des produits de santé, dépendant du ministère de la Santé) ont ordonné le retrait d’une crème solaire en spray pour enfants de marque Isdin censée offrir une protection d’indice 50 contre les UV. En effet, il apparaît, selon des tests effectués par les pouvoirs publics espagnols, que ce produit destiné aux jeunes peaux fragiles n’offre pas l’indice promis. Cette crème constitue donc un danger pour la santé aux yeux des autorités espagnoles. De son côté, Isdin dit tout l’inverse. Le fabricant affirme que son produit ne représente absolument aucun danger et que son niveau de protection est conforme.

Tout ceci n’aurait pas de réelle importance pour les consommateurs belges si ce spray n’était pas vendu sur notre territoire. Or… c’est le cas ! Pire : Test Achats avait tiré la sonnette d’alarme en mai, suite à un test de crèmes solaires qu’elle avait réalisée. Vu la nouvelle donne en Espagne, l’organisation belge de consommateurs demande, une nouvelle fois, au SPF Santé publique d’agir en rappelant ce spray solaire.

Tout ceci est le résultat d’une saga pour le moins édifiante. Tout commence donc en mai lorsque Test Achats révèle les résultats d’une analyse menée par ses soins et portant sur 14 sprays solaires. Il en ressort qu’un seul de ces produits, l’Isdin Pediatrics Transparent Sprays SPF 50+, n’offre pas la protection promise. Selon Test Achats, la protection contre les UVB n’équivaut qu’à un indice 15. Et ce spray ne respecterait pas le minimum légal contre les UVA. L’organisation de consommation transmet ses constats au SPF Santé publique. Le service public fédéral décide alors, par précaution, de placer le spray Isdin en quarantaine, le temps de procéder à des analyses.

Un test vraiment indépendant ?

Surprise : le 9 juillet, le SPF Santé publique déclare que « le produit peut être considéré comme sûr et être à nouveau commercialisé dans notre pays. » Les autorités belges ont en effet reçu les résultats d’une enquête menée par leurs homologues espagnoles. Ce test dédouane le spray solaire de tout souci. Le produit offre bel et bien une protection de facteur 50+.

Reste à expliquer la différence de résultats entre l’enquête des autorités espagnoles et celle de Test Achats… « Dans le cas de certains nouveaux produits tels que les sprays, la méthodologie du test peut aboutir à des résultats divergents bien que le test soit basé sur une norme ISO et qu’il soit utilisé partout en Europe par les fabricants, les autorités et les organisations de consommateurs, » tente d’éclaircir le SPF Santé publique dans sa communication du 9 juillet. Il ajoute qu’il « transmettra toutes les informations utiles à ce sujet à la Commission européenne. Ces informations pourront être utilisées pour la prochaine révision de la norme ISO. » En attendant, le SPF a donc décidé de se fier aux résultats de l’analyse que lui a livrés son homologue espagnole…

Réexaminer tout le marché

Mais voilà : à en croire Test Achats, cette analyse espagnole a été effectuée sur des lots fournis par Isdin et par un laboratoire choisi par le fabricant, sous la supervision des autorités. Le SPF Santé public n’aurait donc manifestement pas analysé les lots que lui a soumis en juin l’association belge de consommateurs. Celle-ci et son organisation sœur espagnole OCU ont alors mis la pression sur les autorités espagnoles pour qu’elles effectuent un nouveau test, avec la garantie d’une indépendance totale cette fois-ci. Cela a donc mené à des résultats similaires à ceux de l’enquête de Test Achats en Belgique de mai dernier. Et, assez logiquement, au retrait des produits ne respectant pas les normes. Mieux : l’Espagne a décidé d’entreprendre une analyse globale de son marché des crèmes solaires.

Ceci est évidemment du pain béni pour Test Achats qui demande au SPF Santé publique d’emboîter le pas de son homologue espagnol, en effectuant un rappel du produit non-conforme avec la possibilité d’un remboursement pour les consommateurs. « Toujours est-il que, chez nous, les gens ont pu acheter ce produit pour enfants durant tout l’été. Cela pose des questions sur le fonctionnement du système belge de contrôle, » déplore Julie Frère, porte-parole de Test Achats. L’association en profite pour lancer deux demandes supplémentaires : tester tous les autres produits Isdin vendus en Belgique, ainsi que l’ensemble des protections solaires sur notre marché.

Investigation belge en cours

En tout cas, un retrait en Belgique n’est pas à l’ordre du jour ce jeudi. Contacté par Le Soir, le SPF Santé publique déclare « manquer d’informations et de contextualisation à ce stade. » Il ajoute qu’il entreprendra « des investigations au plus vite pour voir quelle crème a été retirée au juste et pour quelles raisons précises. » C’est en fonction de cela que le service public fédéral « verra s’il y a lieu de prendre une décision ou pas. »

Cela dit, l’administration fédérale s’avance déjà : « Nous pensons que c’est toujours un problème de méthodologie qui a conduit à ce que tous ces tests débouchent sur des résultats si différents. ». Par ailleurs, le SPF se montre rassurant envers la population. « Heureusement, la crème solaire n’est pas utile pour le moment en Belgique. Puis, cet été, il n’y a pas eu de crise de santé publique à cause d’une crème solaire. A notre connaissance, aucune personne s’étant protégée n’a souffert de brûlures. »

Pas de vague de peaux rouges

Il n’empêche, on peut s’empêcher de se demander si, cet été, la santé des (jeunes) utilisateurs du spray solaire Isdin incriminé a été compromise, même de façon minime. « Il faut s’imaginer ce qui se passe si quelqu’un croit être protégé durant 500 minutes par une crème avec indice 50, alors qu’il ne bénéficie en réalité que d’une protection de 150 minutes avec un produit doté en réalité d’un indice 15, » réagit le Pr Dominique Tennstedt, dermatologue et membre du bureau de la Société belge de dermatologie pédiatrique. « Dans ce cas, la peau finit par rougir prématurément. C’est problématique car ce type de réaction au soleil, si elle se répète, augmente le risque de cancer. »

Mais le dermatologue tempère : « Si, l’été dernier, des personnes se croyant à tort protégées par une crème avaient été victimes de rougeurs, il y aurait certainement eu des plaintes en masse, vu la popularité d’Isdin dans le monde. Or, cela ne s’est pas passé. » Cela dit, juge le dermatologue, « une tromperie sur l’indice de protection serait inacceptable ». De là à procéder à un nouveau test de tous les produits sur le marché comme demandé par Test Achats, il y a un pas que le Pr Tennstedt ne franchit pas. « Ce serait démesuré car les firmes qui ont pignon sur rue sont au-dessus de tout soupçon. » Le dermatologue précise toutefois qu’il connaît moins bien Isdin que d’autres marques bien connues du marché belge.

 
 
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