Elections au Royaume-Uni: un rapport sur de possibles ingérences russes s’invite dans la campagne

Elections au Royaume-Uni: un rapport sur de possibles ingérences russes s’invite dans la campagne
AFP

Les soupçons d’ingérence russe ont fait irruption dans la campagne des législatives au Royaume-Uni, Parlement et opposition pressant le Premier ministre Boris Johnson de publier avant le scrutin du 12 décembre un rapport potentiellement explosif. Remis au Premier ministre le 17 octobre, le rapport n’a pas encore été rendu public. Face à l’impatience du Parlement et de l’opposition, dans un pays marqué par l’affaire Skripal, du nom de l’ex-agent russe empoisonné à Salisbury en 2018, le gouvernement temporise.

Le président de la commission parlementaire du renseignement et de la sécurité (ISC), Dominic Grieve, a appelé Downing Street à publier le rapport de 50 pages rédigé par cette instance afin qu’il puisse être examiné par le Parlement avant les élections. L’ancien député conservateur, exclu du parti en septembre pour avoir voté avec l’opposition pour empêcher un Brexit sans accord, a jugé mardi dans les colonnes du Guardian « hallucinant » que le rapport ne soit toujours pas publié.

Selon le journal, le texte examine les tentatives d’ingérence russes dans la campagne du référendum de 2016 sur le Brexit, y compris des tentatives d’infiltration du Parti conservateur de Boris Johnson. Selon Dominic Grieve, l’absence d’explication pour justifier un tel délai était « sans précédent ». Mais selon un porte-parole de Downing street, le délai moyen pour les rapports de la commission ces dernières années est de six semaines. « L’ISC traite de questions de sécurité nationale et de renseignement, leurs rapports contiennent des informations sensibles », a souligné le porte-parole, justifiant que leur publication soit soumise à une évaluation.

Après un débat lundi à la Chambre des Lords, le sujet a fait l’objet de vifs échanges mardi à la Chambre des communes. La chambre basse du Parlement doit être dissoute mercredi en vue des élections déclenchées pour sortir le Brexit de l’impasse, les députés, trop divisés sur le sujet, n’ayant pas réussi à dégager une majorité sur la façon dont ils veulent mettre en œuvre la sortie de l’UE. Si le rapport n’est pas publié avant ce mardi soir, tant que les députés siègent encore, il ne pourra pas l’être avant que le comité ne soit reformé – ce qui après les élections de 2017 avait pris « presque six mois », a dénoncé Dominic Grieve.

« Théories du complot »

Emily Thornberry, chargée des questions internationales au sein du Labour, principal parti d’opposition, a jugé « totalement injustifiable » le report de la publication, « clairement lié à des motifs politiques ». « Qu’avez-vous à cacher ? », a lancé Mme Thornberry, qui avait récemment questionné le gouvernement sur les connexions avec la Russie du conseiller de Dominic Cummings, proche conseiller de Boris Johnson et stratège de la campagne du « leave » en 2016.

Le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères Chris Pincher a répliqué en dénonçant « les théories du complot ». « Il n’y a pas de preuve que la Russie ait réussi à s’immiscer dans le processus électoral britannique », a-t-il ajouté, appelant à laisser au Premier ministre le temps d’évaluer le contenu du rapport. Lundi à la Chambre des Lords, l’indépendant David Anderson a relevé que « ce délai injustifié affaiblit l’ISC et fait naître le soupçon sur le gouvernement et ses motivations ».

Le rapport est basé sur l’analyse des services de renseignement britanniques et d’experts. Le processus d’autorisation de sa publication a débuté en mars dernier avant d’arriver aux bureaux du Premier ministre, qui étaient censés donner leur feu vert en fin de semaine dernière, selon le Guardian. « Je ne cache rien du tout », s’est défendu Michael Gove, chargé des préparations du Brexit, mardi matin sur la BBC. Le rapport sera « publié en temps utile », a-t-il ajouté, évoquant des questions de « sécurité nationale ».

Les relations entre le Royaume-Uni et la Russie sont au plus bas depuis l’empoisonnement en 2018 de l’ex-espion russe Sergueï Skripal en Angleterre, imputé par Londres à Moscou. La Russie avait démenti toute implication, mais l’affaire avait abouti à une vague d’expulsions croisées de diplomates entre Londres et ses alliés et Moscou. Les deux pays n’ont renoué qu’en février dernier le dialogue rompu 11 mois plus tôt.

 
 
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