La Belgique prête main-forte à la police kazakhe: le statut de réfugiée de Bota Jardemalie était connu

La Belgique prête main-forte à la police kazakhe: le statut de réfugiée de Bota Jardemalie était connu
Belga.

Vos questions ne sont pas un cadeau », a répondu mercredi le ministre de la Justice, Koen Geens (CD&V), aux députés qui l’interrogeaient sur l’affaire Jardemalie. Pour rappel, Le Soir a révélé la semaine dernière que le gouvernement, puis le parquet de Bruxelles et une juge d’instruction ont accepté et donné suite à une demande d’entraide judiciaire émanant du Kazakhstan. Cette procédure a abouti à la perquisition du domicile bruxellois de Botagoz Jardemalie le 1er octobre, en présence (active) de deux agents venus d’Asie centrale. Deux jours plus tard, cette réfugiée politique depuis 2013 a été interrogée au siège de la police fédérale sur la base de questions écrites des autorités kazakhes.

« Vous demandez une certaine transparence et l’équilibre entre cette transparence et le respect du secret de l’instruction est scrupuleusement surveillé par le parquet » a commencé le ministre. Raison pour laquelle, « ces questions ne sont pas un cadeau ».

Koen Geens a d’abord confirmé que la perquisition avait été réalisée dans le cadre d’une demande d’entraide judiciaire kazakhe. Demande transmise via le ministère des Affaires étrangères au Service central de coopération judiciaire internationale du ministère de la Justice. « Ce service travaille en autonomie, le dossier en question n’a pas été transmis à mon cabinet », a indiqué le ministre.

« Le statut de réfugiée de Mme Jardemalie était connu et l’information a bien été transmise à la juge d’instruction », a confirmé Koen Geens.

« La position de principe selon laquelle l’entraide judiciaire ne peut pas être accordée à un pays parce que la personne visée jouit du statut de réfugiée n’est pas souhaitable », argumente le ministre. « Est-ce qu’il faut être prudent lorsque la demande émane de pays qui ne respectent pas toujours les droits de l’Homme ? Bien sûr. Faut-il être particulièrement vigilant lorsque cette personne a le statut de réfugiée. Bien entendu et nous le sommes ; D’ailleurs, deux demandes d’extradition nous sont déjà parvenues concernant cette personne et n’ont pas exécutées. Mais qu’on ne puisse pas mener une enquête sur des faits de droit commun pour la raison que la personne est réfugiée, alors on enverrait un message d’impunité. »

« Je suis très frustrée »

Koen Geens ne s’est pas étendu sur les accusations kazakhes envers Botagoz Jardemalie. Il a simplement rappelé « qu’il s’agirait de détournement de plusieurs milliards de dollars – je dis bien “s’agirait”, au conditionnel ». Dans ce dossier, lié à la banque kazakhe BTA, « des saisies ont eu lieu au Royaume-Uni et un homme a été condamné à 22 mois de prison pour avoir dissimulé certains actifs. Le parquet m’autorise à dire que certains indices établissent un lien avec ces faits. »

Le ministre a encore précisé que les documents et informations saisies chez Botagoz Jardemalie ne seraient pas nécessairement transmis au Kazakhstan. D’autant que l’intéressée conteste la légalité de la perquisition devant les juridictions d’appel.

« Je suis très frustrée et déçue par ces réponses du ministre », explique Botagoz Jardemalie, présente dans la salle. « Malheureusement, il se fait le relais de la propagande du Kazakhstan sur ces pseudo-accusations de corruption. Ce sont les mêmes accusations qui ont mené mon frère en prison au Kazakhstan, où il est torturé depuis deux ans. Pour nous, c’est un combat très inégal. Je ne suis liée en rien à ce dossier, si ce n’est que j’ai défendu comme avocate Mukhtar Ablyazov, que le Kazakhstan voulait faire extrader de France. Le Conseil d’Etat français a dit en 2016 que ces poursuites étaient politiques. »

Depuis la perquisition, où l’un des agents kazakhs aurait pris en photo une liste de mots de passe, certains de ses comptes (emails, Facebook…) ont connu des mouvements suspects. « Il n’y a pas d’indépendance de la justice au Kazakhstan », rappelle Bota Jardemalie.

Tous les députés (PS, SP.A, Ecolo-Groen, Défi, CDH) ont promis de poursuivre leurs investigations, notamment au travers du Comité P, le service de contrôle des services de police.

 
 
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