Le prix Médicis décerné à Luc Lang pour «La tentation»

Le prix Médicis décerné à Luc Lang pour «La tentation»
Ulf Andersen

Le romancier Luc Lang, finaliste malheureux du Femina, a remporté vendredi le prix Médicis pour « La tentation » (Stock), roman sombre et puissant qui raconte, à hauteur d’homme, l’histoire d’un monde en train de s’effondrer, a annoncé le jury. Le Médicis étranger a été attribué à l’Islandaise Audur Ava Olafsdottir pour « Miss Islande », traduit de l’islandais par Eric Boury (Zulma). Le Médicis essai a été attribué à Bulle Ogier et Anne Diatkine pour « J’ai oublié » (Seuil). « J’ai essayé d’écrire une apocalypse », confiait récemment l’écrivain âgé de 63 ans à un journaliste de l’AFP.

Le héros de « La tentation », François, la cinquantaine, est un chirurgien renommé. Chasseur, on le découvre au début du roman en Savoie tenant dans sa ligne de mire un grand cerf à seize cors. François hésite, tire et blesse l’animal. Est-ce là que tout commence à basculer ? François choisit de soigner l’animal plutôt que de l’achever. Alors qu’il s’apprête à rejoindre l’animal blessé, une voiture surgit brutalement sur la petite route de montagne. Dans l’habitacle, François croit voir le visage apeuré de sa fille.

François est père de deux enfants. Mathieu son fils exilé à New York est financier international adepte de placements à risques. Mathilde sa fille a abandonné ses études de médecine pour suivre un golden-boy, client de son frère, peu scrupuleux. A travers ses enfants, François est le témoin d’un monde, le sien, en train de disparaître.

« Je voulais une apocalypse joyeuse »

Luc Lang, Goncourt des lycéens en 1998, nous raconte depuis des années à travers ses romans la fin des illusions. Dans un monde où l’argent est roi quelle place reste-t-il pour des valeurs devenues ringardes comme l’humanisme, la compassion ou la charité ? « Le capitalisme universel est devenu la réalité et nous laisse sans recours », déplorait Luc Lang lors de sa rencontre avec l’AFP.

Dans le monde cupide et sans affect incarné par ses enfants, François le chasseur, François l’honnête homme au sens qu’il avait au XVIe siècle, n’est-il pas devenu la proie comme le cerf qu’il tenait dans sa ligne de mire ? L’écrivain qui aime les mots rares écrit avec la précision du chirurgien maniant son scalpel. En lisant son roman, on pense évidemment à la « tentation du désespoir » de Bernanos. Le roman s’achève dans une explosion de violence, une apocalypse où, étrangement, l’espoir demeure. « Je voulais une apocalypse joyeuse », avait confié l’écrivain. Une apocalypse comme une rédemption.

L’an dernier, le prix Médicis avait été décerné à Pierre Guyotat pour « Idiotie » (Grasset).

 
 
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