«Les choses humaines» de Karine Tuil décroche le Prix Interallié

Karine Tuil.
Karine Tuil. - Dominique Duchesnes.

Toujours sélectionnée pour le Goncourt des Lycéens, attribué ce jeudi, Karine Tuil ne sortira pas les mains vides de la saison des prix littéraires français : couronnée par le jury 100 % masculin de l’Interallié, elle a convaincu ces messieurs de l’importance qu’il y avait à s’interroger sur les violences faites aux femmes après le choc #MeToo. Les choses humaines, son onzième roman, est en effet une histoire de sexe et de pouvoir. Une histoire de viol, aussi.

Les principaux protagonistes ne sont ni le violeur ni la violée : Jean et Claire Farel forment un couple bancal dont l’équilibre ne repose que sur les apparences. Jean est un journaliste chevronné que certains décideurs trouvent trop âgé pour animer encore des émissions politiques aux heures de grande écoute, tandis que lui-même n’entend rien lâcher et continue, bien qu’avec une prudence nouvelle, à séduire pour se rassurer. Claire, essayiste féministe, est sur le point de céder à l’appel d’une nouvelle vie alors que ses commentaires sur les viols de Cologne dans la nuit du 31 décembre 2015 au 1er janvier 2016, trop nuancés, ne peuvent être entendus pour ce qu’ils sont.

Avec eux, ou plutôt entre eux, un fils, Alexandre, élevé à la culture de la réussite par son père, brillant universitaire appelé à combler les espoirs de celui-ci, mais trop embarrassé de sa propre sexualité pour comprendre que Mila, avec qui il passe une soirée, n’est peut-être pas la proie consentante qu’il croit. Mila étant, pour ne pas faire simple, la fille de l’homme pour qui Claire a quitté Jean.

Les clichés ne manquent pas dans Les choses humaines, mais ce sont des clichés qui passaient, il n’y a pas si longtemps, pour acceptables alors qu’ils ne le sont plus aujourd’hui. Lors du procès d’Alexandre, son père témoigne avec une insigne maladresse, comparant un viol à « vingt minutes d’action ».

Entre les hommes et les femmes, il reste des choses à éclaircir. Ce roman y participe à sa manière. Pas parfaite mais avec un volontarisme appréciable.

Les choses humaines, Karine Tuil, Gallimard, 341 p., 21 €, ebook, 14,99 €

 
 
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