Les forces spéciales réclament plus de souplesse pour l’achat de matériels

Les forces spéciales réclament plus de souplesse pour l’achat de matériels
Pierre Yves Thienpont

Le « patron » des forces spéciales de l’armée belge, le lieutenant-colonel Raphaël Bechet, plaide, dans la dernière édition d’une revue militaire, pour une simplification « drastique » des procédures administratives en vigueur pour de petits achats de matériels, afin de mieux répondre dans l’urgence à certains besoins exprimés par les troupes déployées en opérations.

« Pour garder toute leur pertinence face à des ennemis non étatiques (comme le groupe djihadiste Etat islamique, ndlr) profitant de la flexibilité et de la facilité d’accès aux technologies offertes par le commerce mondial en ligne, les forces spéciales sont demandeuses d’une évolution dans l’accès à l’innovation », écrit-il dans la ‘Revue militaire belge’ publiée par l’Institut royal supérieur de Défense (IRSD).

L’officier tire ainsi des leçons de l’engagement, entre janvier 2015 et fin novembre 2018, d’éléments des forces spéciales belges en Irak dans le cadre de l’opération « Inherent Resolve » (OIR, menée par la coalition anti-EI dirigée par les Etats-Unis). Certains matériels indispensables à l’exécution de cette – dangereuse – mission (comme des radios permettant le cryptage des communications suivant les dernières normes, des moyens d’observation à distance, des drones ou encore la capacité de guider depuis le sol des frappes aériennes) ont été achetés ou parfois loués en urgence.

Selon le lieutenant-colonel Bechet, l’état-major de la Défense « s’est efforcé de trouver des solutions créatives pour répondre dans l’urgence à certains besoins exprimés par les militaires déployés ». « Toutefois, en procédant de la sorte, on en arrive presque à découvrir le nouveau matériel face à l’ennemi. Ces solutions exceptionnelles permettent seulement de répondre à des besoins ponctuels, mais n’apportent pas de réponses structurelles. En fonction des leçons apprises sur théâtres d’opération, certains matériels devraient voir leur emploi généralisé à une grande partie des unités de la Défense. Deux exemples parmi bien d’autres sont les drones légers et les systèmes de détection et de neutralisation de drones ennemis », souligne-t-il. Selon le lieutenant-colonel Bechet, un matériel « demandé suivant les procédures standards est livré après la guerre » qui en Irak a duré presque trois ans.

« Revoir les dispositions légales »

Pour garder aux forces spéciales « toute leur pertinence face à des ennemis non étatiques » profitant de la flexibilité et de la facilité d’accès aux technologies offertes par le commerce mondial en ligne, « il faut revoir les dispositions légales afin que l’interprétation de la mise en concurrence ne soit pas défavorable à la compétitivité des entreprises souhaitant collaborer avec la Défense. Pour le long terme, il convient d’envisager d’étendre au monde académique la coopération entre militaires et industriels, en s’inspirant du modèle ‘Triple Helix’ d’innovation. » Ce modèle intègre le monde universitaire dans les interactions entre l’industrie (secteur privé) et l’administration (secteur public, et en particulier la Défense), estime encore l’officier.

Pour les projets plus petits, il préconise de simplifier drastiquement les procédures administratives actuellement en vigueur, mais aussi de redonner plus d’initiative aux niveaux subalternes en augmentant sensiblement les seuils de délégation – actuellement limités à 2.500 euros pour un lieutenant-colonel qui commande une unité de quelques centaines d’hommes pour effectuer des achats locaux –, conclut-il.

Le lieutenant-colonel Bechet, un para-commando ingénieur francophone, a été investi le 12 juillet dernier comme commandant du groupe des forces spéciales (SFG), une petite unité d’élite casernée à Heverlee, près de Louvain.

 
 
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