Une équipe de chercheurs belges perce les secrets du cancer de l’intestin.

Une équipe de chercheurs belges a étudié de près le cancer de l’intestin. Une étape importante dans le développement d’un traitement ciblé.

En 2016, 8 468 nouveaux cas de cancer du côlon ont été enregistrés dans le Belgian Cancer Registry, la base de données répertoriant tous les diagnostics de cancer dans notre pays. Après le cancer de la prostate et du poumon, le cancer de l’intestin est aujourd’hui le 3e type de cancer qui touche le plus fréquemment les hommes belges. Chez la femme, le cancer de l’intestin est, dans certains cas, précédé d’un cancer du sein. Près de 30 % des patients meurent dans les cinq ans suivant le diagnostic.

Alors que les traitements d’autres formes de cancer ne cessent de s’améliorer, le cancer de l’intestin continue de faire un nombre relativement élevé de victimes. C’est en partie dû à sa complexité et à l’absence de traitement ciblé. Le cancer de l’intestin est généralement traité par chirurgie, combinée ou non à de la radiothérapie et à de la chimiothérapie. Comme pour beaucoup d’autres formes de cancer, les scientifiques attendent aussi à terme beaucoup des médicaments ciblés et de l’immunothérapie, qui utilise notre propre système immunitaire pour combattre les tumeurs. Mais le cancer de l’intestin ne semble actuellement toujours pas répondre au traitement immunitaire.

Jusqu’à présent, nous étions toutefois confrontés à un manque certain de connaissances pour permettre le développement de médicaments ciblés contre le cancer de l’intestin.
Le professeur Sabine Tejpar et son équipe de laboratoire ainsi que l’équipe d’oncologie digestive dirigée par le professeur Eric Van Cutsem font partie d’un consortium international qui a entièrement cartographié la composition génétique des cellules cancéreuses intestinales. Des recherches qui ouvrent la voie à des médicaments innovants et ciblés dans la lutte contre le cancer de l’intestin.

De nombreux types de cancer de l’intestin

Le professeur Sabine Tejpar et son équipe ont reçu une bourse de la Fondation contre le Cancer pour financer leurs recherches sur le cancer de l’intestin. Aujourd’hui, notre cancérologue peut annoncer qu’ils comprennent réellement le fonctionnement précis des cellules intestinales et savent ce qui est nécessaire pour le traitement. « La plupart des gens pensent qu’il n’y a qu’un seul type de cancer de l’intestin. Mais c’est tout le contraire. Il existe de nombreux types de tumeurs différentes qui nécessitent chacune une approche différente. Il a d’abord fallu définir ces types afin de trouver le bon traitement. Cela a été fait par le biais d’examens des tumeurs intestinales à l’aide d’un ultramicroscope, grâce au soutien de la Fondation contre le Cancer. Cela nous a permis de zoomer sur les moindres détails, alors que jusqu’au début de l’année 2019, nous pouvions au mieux examiner les cellules à un niveau microscopique. Nous les examinons à présent au niveau ‘single cell’ et pouvons interroger les cellules individuellement », explique le professeur Tejpar.

Qu’avez-vous précisément découvert ?

« En analysant des centaines de tumeurs au sein d’un consortium international, nous avons tout d’abord découvert que les cellules intestinales peuvent, en quelque sorte, présenter des identités distinctes d’un patient à l’autre, et qu’elles peuvent aussi réagir de manière complètement différente à un traitement. Une deuxième constatation est que les cellules soutenues jouent un rôle très important parce qu’elles agissent comme un outil facilitant l’apparition de métastases et contribuant à la résistance au traitement. Mais nous savons aujourd’hui progressivement comment elles fonctionnent et ce dont nous avons besoin pour les détruire. Nous nous sommes ensuite concentrés sur les cellules immunitaires. Le cancer de l’intestin est l’un des rares cancers pour lesquels l’immunothérapie ne fonctionne pas. C’est pourquoi nous avons cherché des moyens de réveiller les cellules immunitaires de l’intestin. »

Ce sont des percées importantes, mais qu’en est-il de la mise en pratique de cette théorie ? Quand et comment cela peut-il être mis en pratique pour les patients ? « Le chemin de la compréhension menant au traitement est souvent long. Mais je suis persuadée que cela ne durera plus très longtemps. En effet, peu de progrès ont été réalisés au cours de ces dix dernières années dans le traitement du cancer de l’intestin. Il ne s’agissait jusqu’alors nullement d’un manque de volonté de s’attaquer au cancer de l’intestin, mais la complexité de ce cancer est grande. Nous faisons partie d’un partenariat public-privé paneuropéen dont l’objectif est de mettre plus rapidement au point des médicaments dont on a vraiment grand besoin. Aujourd’hui, les choses peuvent aller vite, vu que nous disposons d’une compréhension nettement plus approfondie et fonctionnelle de la maladie. Toutefois, les connaissances doivent bien sûr d’abord faire l’objet de tests dans le cadre d’études cliniques, ce qui, je pense, accélérera réellement les choses au cours des prochaines années. »

Comment la Fondation contre le Cancer a-t-elle fait la différence ?

« J’ai remarqué la puissante attitude académique de la Fondation contre le Cancer. Il est remarquable qu’elle ne s’engage pas uniquement dans la prévention, mais soit aussi explicitement ouverte à de nouvelles recherches. J’ai également apprécié l’examen externe apolitique. C’est super confortable de pouvoir travailler de cette façon lorsque l’on est chercheur. Et je trouve aussi qu’il est important qu’il s’agisse d’une fondation nationale dans laquelle la coopération entre la Flandre, Bruxelles et la Wallonie est une évidence. »

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