VIH: l’épidémie ralentit enfin en Belgique

VIH: l’épidémie ralentit enfin en Belgique
Pierre-Yves Thienpont

En 2017, Thierry Martin, le directeur de la Plateforme Prévention Sida saluait la décision de la ministre de la Santé Maggie De Block de rembourser les médicaments nécessaires à la pratique de la prophylaxie pré-exposition ou PrEP (c’est-à-dire le traitement préventif des personnes n’ayant pas de VIH mais qui courent un risque élevé de contamination). « C’est couillu », disait-il. La Belgique devenait le troisième pays européen à s’engager dans cette voie.

Il avait raison : en 2018, le nombre de nouveaux diagnostics de VIH a baissé de 2 % par rapport à 2017. Sciensano, l’institut belge de la santé, a enregistré 882 diagnostics de VIH en 2018, ce qui correspond à une moyenne de 2,4 nouveaux diagnostics par jour. Ces chiffres donnent à penser que l’utilisation de la PrEP contribue d’une manière positive à la prévention du VIH et à la baisse du nombre de cas. Mais alors que le nombre de diagnostics baisse dans les groupes traditionnellement touchés, apparaissent d’autres groupes dont les programmes de prévention doivent tenir compte.

Selon Sciensano, en 2018, le nombre de nouveaux diagnostics de VIH a continué de baisser pour la 5e année consécutive, même si le nombre total de nouveaux diagnostics reste élevé. La Plateforme Prévention Sida réagit positivement mais prudemment aux chiffres, mais réfléchit également à l’avenir. « La prévention combinée est de toute manière la solution. Cette prévention combinée prend plusieurs aspects : sensibiliser à l’utilisation du préservatif et de la PrEP ; inciter à se faire dépister rapidement après un risque et traiter immédiatement les personnes ayant le VIH en cas de diagnostic positif, afin que le virus ne puisse plus être transmis », explique Thierry Martin. « La combinaison de tous ces éléments fonctionne, comme l’attestent les chiffres ».

Continuer à investir

Pour la Ministre de la Santé publique Maggie De Block, « le VIH est une affection très grave qui a des conséquences à vie pour le patient. En 2017, j’ai décidé de rembourser l’utilisation préventive des antirétroviraux afin de faire baisser le nombre de nouvelles infections. Et cela semble fonctionner : de moins en moins de personnes attrapent une infection VIH. Ce sont bien entendu de très bonnes nouvelles mais nous n’avons pas encore atteint notre but. Nous devons continuer à investir dans la prévention et dans les traitements afin de faire encore reculer la maladie. »

« Si nous devons nous réjouir de la diminution manifeste du nombre de nouveaux diagnostics de VIH, il est également de notre devoir de continuer à sensibiliser le plus grand nombre aux risques encourus, avec une attention toute particulière pour les publics les plus exposés. Ce travail de prévention doit se poursuivre dans le cadre d’un prochain Plan national VIH ambitieux que j’appelle de mes vœux », ajoute Barbara Trachte, ministre bruxelloise en charge de la Promotion de la Santé à la COCOF.

Christie Morreale, ministre wallonne de la Santé ajoute : « Les derniers chiffres de diagnostic du VIH sont encourageants car ils indiquent une nouvelle diminution du nombre de cas détectés par jour en Belgique. Ces résultats sont le fruit du travail mené par l’ensemble des opérateurs de terrain soutenu par les pouvoirs publics. Ceci étant, nous devons maintenir le cap pour, à terme, endiguer cette maladie qui frappe encore trop aujourd’hui. En Wallonie, l’action se poursuit. Cette année, près d’1.500.000 euros ont été dégagés pour lutter contre le VIH et soutenir les personnes atteintes de ce virus. Il est par ailleurs important de continuer à articuler les multiples actions de prévention avec les projets de sensibilisation, à travers l’EVRAS notamment. Enfin, le plan national VIH initié par Laurette Onkelinx et qui arrive à son terme cette année, doit être reconduit avec des ambitions actualisées. A cet égard, le Plan Promotion et Prévention Santé en Wallonie Horizon 2030 définit déjà les objectifs de notre région en la matière ».

La PrEP, une valeur ajoutée

La PrEP, la pilule de prévention du VIH, complète l’offre de prévention en Belgique. « La PrEP contribue à la réduction du nombre de diagnostics en renforçant l’effet des autres moyens de prévention du VIH. L’utilisation du préservatif, des tests réguliers, un traitement précoce après diagnostic pour tous les patients infectés et des campagnes ciblées restent de la plus grande importance. La diminution du nombre de diagnostics chez les hommes belges ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes est le résultat d’efforts consentis depuis des années en matière de prévention combinée et la PrEP représente un boost supplémentaire pour cette prévention », complète André Sasse, Scientifique chez Sciensano.

Entre le 1er juin 2017 et le 31 décembre 2018, 2.412 personnes ont commencé pour la première fois un traitement PrEP. Quelque 100 nouvelles personnes commençant ce traitement sont venues s’ajouter chaque mois. 99 % étaient des hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes.

La réduction des diagnostics VIH se poursuit chez les deux populations les plus touchées, à savoir les hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH), de nationalité belge et les hommes et femmes hétérosexuels originaires d’Afrique subsaharienne. Tant chez les HSH que chez les hétérosexuels, la répartition des nationalités a sensiblement évolué avec le temps. Le nombre de diagnostics chez les hétérosexuels originaires d’Afrique subsaharienne diminue progressivement ; en revanche, on n’observe aucune diminution du nombre de diagnostics VIH dans les autres populations hétérosexuelles. Chez les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH), la part des non-Belges est devenue aussi importante que celle des Belges. « L’épidémie VIH en Belgique touche différentes populations et se diversifie donc un peu plus chaque année », explique André Sasse, scientifique chez Sciensano. « C’est principalement chez les HSH de pays non européens que le nombre de diagnostics augmente encore en Belgique : en 2018, 13 % des hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes avaient une nationalité latino-américaine et 10 % une nationalité asiatique. »

Programmes de prévention adaptés

Si nous voulons maîtriser l’épidémie, nous devons veiller à ce que toutes les populations touchées puissent elles aussi se faire tester et traiter. Les programmes de prévention devront donc veiller à atteindre une plus grande variété de populations. « Etant donné qu’en Belgique, le VIH touche différentes populations, le défi consiste à diversifier les messages des campagnes et les stratégies de prévention et de test et à les adapter en fonction des différents besoins », explique André Sasse.

La Plateforme Prévention Sida ajoute que le dépistage tardif chez les non-Belges reste important et l’utilisation de la PrEP est extrêmement faible parmi ce même public. « Cela démontre l’importance d’augmenter l’accès pour tous aux différents outils de la prévention » explique Thierry Martin, directeur de la Plateforme Prévention Sida. « Notamment en favorisant l’accessibilité et la gratuité des préservatifs, en élargissant l’offre de dépistage démédicalisé et en travaillant sur les freins afin de dépister les personnes vivant avec le VIH qui ignorent leur statut, en faisant la promotion de la PrEP et en luttant pour un accès pour tous à la prévention et aux soins ».

La Plateforme Prévention Sida rappelle que pour que tous ces outils soient efficaces, il faut également continuer de lutter contre les discriminations dont sont encore victimes les personnes vivant avec le VIH et favoriser le dialogue autour de la question du VIH et de la promotion de la santé sexuelle auprès des différents publics.

Selon la Plateforme Prévention Sida, le Plan VIH 2014-2019 a été un outil précieux dans la lutte contre le VIH en Belgique et il est à l’origine de nombreuses décisions politiques en faveur de la mise en place des différentes stratégies d’action ayant impacté positivement l’évolution de l’épidémie (exemples : remboursement de la PrEP, légalisation du dépistage démédicalisé et décentralisé du VIH, remboursement des traitements indépendamment de la charge virale et CD4). Cela démontre l’importance de croiser les constats de terrain, l’analyse des données statistiques, les besoins des publics et de les traduire en stratégies d’action soutenues par les décideurs politiques. Il nous semble donc primordial que les autorités politiques fédérales et régionales soutiennent la reconduction du Plan pour les cinq prochaines années, afin de continuer à faire diminuer le nombre de nouveaux diagnostics de VIH dans les années à venir.

 
 
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