Trois barbouzes condamnés pour l’espionnage de la réfugiée kazakhe Bota Jardemalie

Bota Jardemalie a été l’objet de surveillance illégale au cours des années 2014 et 2015.
Bota Jardemalie a été l’objet de surveillance illégale au cours des années 2014 et 2015. - Mathieu Golinvaux.

Trois hommes originaires d’Allemagne ont été condamnés vendredi par le tribunal correctionnel de Bruxelles à des peines de deux années de prison et 9.600 euros (avec des sursis partiels ou total) pour l’espionnage, en 2014-2015, de la réfugiée politique kazakhe Botagoz Jardemalie.

Vitaly Volkov, un russe résidant en Allemagne où il travaille comme journaliste, a été reconnu coupable d’association de malfaiteurs, de corruption privée, de harcèlement et de violation de la loi sur les détectives à l’encontre de Mme Jardemalie, une des bêtes noires du régime kazakh. Il écope de 2 ans de prison, dont un avec sursis, et de 9.600 euros d’amende (dont la moitié avec sursis).

Ses deux associés de 65 et 70 ans, Jörg-Uwe Niklaus et Hans-Jochen Timmermann sont d’anciens agents de la Stasi, la police politique est-allemande. Ils ont aussi été reconnus coupables des mêmes faits, plus de l’utilisation d’une fausse identité pour le premier cité. M. Niklaus est condamné à deux ans avec sursis ; M. Timmermann à deux ans dont une seule avec sursis. Tous deux sont condamnés à la peine d’amende de 9.600 euros, pour moitié avec sursis.

Scénario à la John Le Carré

Comme racontait Le Soir le 6 novembre, les trois barbouzes avaient reçu pour mission de trouver à Bruxelles Bota Jardemalie, d’identifier ses déplacements et ses contacts. Pour cela, ils ont utilisé des méthodes illégales, y compris en tentant de soudoyer un jeune avocat bruxellois.

Prévenue de ces tentatives d’approche, Mme Jardemalie avait prévenu la police belge. En collaboration avec les justices suisse et allemande, les enquêteurs ont découvert une véritable machination. Le placement sur écoute des trois individus puis la découverte aux domiciles des deux Allemands d’un rapport intitulé « Boris » – le sobriquet attribué à leur cible, Bota Jardemalie – ont notamment permis de les confondre.

Lors de son réquisitoire, la magistrate du parquet fédéral avait décrit « un scénario à la John Le Carré ou à la Tom Clancy ». Et rejeté l’argument de défense de Vitaly Volkov, qui affirmait travailler comme simple journaliste dans cette affaire. Le tribunal a validé cette vision du dossier et fustigé dans son jugement « un défi à l’Etat belge » et des méthodes « inadmissibles » qui « participent à un sentiment d’insécurité publique ».

Tentative d’enlèvement ?

Le parquet fédéral soupçonnait les trois hommes d’avoir eu pour mission de la part de leurs mystérieux employeurs de faire sortir Mme Jardemalie de Belgique, en vue de l’emmener de force au Kazakhstan. Un pays qui a déjà fait parvenir à l’Etat belge deux demandes d’extradition (refusées) et une demande d’entraide judiciaire. Cette dernière, validée par le ministère de la Justice, fait grand bruit depuis sa révélation dans nos colonnes.

Le domicile de Bota Jardemalie avait notamment été perquisitionné le 1er octobre dernier en présence de deux officiels kazakhs. Un pays contre lequel elle a obtenu l’asile en Belgique en 2013.

Les trois condamnés russo-allemands étaient absents à l’audience vendredi. Seul Me Christiaan Luyckx représentait les deux anciens agents de la Stasi. Il réserve sa décision de faire appel ou non pour ses clients, mais salue « le travail d’analyse approfondi du tribunal ».

De son côté, Bota Jardemalie se dit « très satisfaite » du jugement. « Le tribunal a eu des mots très forts sur la violation de l’ordre public et l’atteinte à mon statut de réfugiée politique. Je suis très reconnaissante aux policiers belges qui ont pris au sérieux ces menaces. J’ai senti à l’époque que j’étais en grand danger. C’est aussi un message très fort envoyé au gouvernement du Kazakhstan. »

 
 
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