Willy Demeyer joue les quatre mousquetaires

Willy Demeyer
Willy Demeyer - Tonneau

Qu’importent le papier peint moisi et le mobilier d’un autre âge : le premier étage de la Maison du Peuple de Flémalle est le lieu qu’a choisi l’unique aspirant à la présidence de la Fédération liégeois du PS – la plus importante, avec ses 15.000 membres annoncés – pour officialiser sa candidature. Sur le mur, près du bar, une discrète affiche électorale d’André Cools qui, citant Lech Walesa, proclame « Moins de discours, plus de travail ». Face à la grande tablée des cadres liégeois du parti, Willy Demeyer (56 ans), président sortant, est entouré de trois ténors. Isabelle Simonis, bourgmestre de Flémalle et hôte du jour, Frédéric Daerden, bourgmestre de Herstal et Alain Mathot, maieur de Seraing. Voilà un ticket à quatre, le président et ses trois vices, dans un style quatre mousquetaires « unis pour la défense du parti face à la droite francophone qui démantèle nos acquis sociaux acquis de dure lutte par la gauche progressiste » déclare le député-bourgmestre de Liège.

Féminisation, monstre du Loch Ness liégeois

La Maison du Peuple. Flémalle, commune rouge de la périphérie. Le fief de feu André Cools. La seule municipalité liégeoise dirigée par une femme. Willy Demeyer a déserté un instant la Cité ardente, épicentre de son action politique, pour faire mentir les reproches. Le PS liégeois pas assez proche du peuple ? « Je vais écouter l’ensemble des membres de la fédération à l’occasion de cinq rencontres-débats organisés dans les différents districts ». Demeyer, tout pour Liège, des miettes pour la périphérie ? Le candidat se décentre, ménage les barons locaux. Trop d’hommes, pas assez de femmes sur les listes et au sein des instances du parti ? Voilà Isabelle Simonis bombardée première vice-présidente, en charge de l’égalité avec un objectif à faire pâlir un coureur de Liège-Bastogne-Liège en queue de peloton dans la côte d’Ans : préparer la parité et l’alternance homme-femme au sein des prochaines listes électorales et de la Fédération.

(Ré)animation interne

Qualifié par ses détracteurs de « mou », Willy Demeyer n’est jamais aussi fort que lorsqu’il dénoue les rivalités, force le consensus et rétablit l’équilibre. Sa candidature se veut « collégiale » avec un rôle pour chacun de ses trois mousquetaires. Frédéric Daerden qui avait judicieusement fait monter la pression en laissant entrevoir une possible candidature, devient porte-parole de la Fédération, en charge des relations avec le syndicat et la mutualité. Alain Mahot hérite, lui, d’une fonction moins exposée, compte tenu de l’épée de Damoclès (son inculpation dans le dossier Intradel) qui pèse sur ses épaules : la (ré)animation interne. « C’est une répartion des responsabilités en vue des prochaines échéances électorales », souligne un Frédéric Daerden, ravi d’une page qui se tourne, où, symboliquement, l’équipée à quatre remplace l’image d’un « club des cinq » (Demeyer-Moreau-Mathot-Gilles-Marcourt), formé à l’époque où il s’agissait de s’unir contre Daerden père.

Qui dit répartition dit présélection des places en vue sur les listes électorales de 2018 et 2019 ? Que nenni, se défend le candidat-président qui annonce que, s’il est élu (un doute est-il permis ?) il abandonnera un « mandat significatif ». On voit mal le député-bourgmestre de Liège quitter les cénacles communal et fédéral. Il lui restera alors l’embarras du choix sur ses terres liégeoises : président du GRE (Redéploiement économique du pays de Liège), du Port autonome, de l’Opéra ou encore de Liège-Métropole (union de la conférence des bourgmestres de l’arrondissement et du collège provincial).

Labille, hors des écrans-radars

« Le PS ne se déchirera pas, à la grande déception de ses opposants », lance Jean-Claude Marcourt venu, lui aussi, adouber la candidature de son bourgmestre. « Place à l’unité, à un projet porté par les militants et incarné par le président et son équipe ». À l’inverse d’un André Cools autoritaire qui réclamait « moins de discours », voilà donc une présidence consensuelle, embarquée dans des plaidoiries et discussions avec les militants, du moins lors de la période électorale qui doit s’achever par un vote les 19 et 20 juin prochains. « Je soumets ma note de 17 pages élaborée avec l’équipe, au débat », poursuit Willy Demeyer qui semble avoir intégré les critiques adressées par un certain Jean-Pascal Labille, disparu soudainement des écrans radars de la Fédération. « En tant que Liégeois, il est membre de droit du comité fédéral » (le conseil de la fédération), souligne son ex-futur rival.

Lutter contre la progression du PTB

A la Ville, le maieur liégeois aime les axes stratégiques, les plans et les projets chiffrés. A la Fédération, il se donne pour objectif de recruter 2000 membres supplémentaires, essentiellement en créant de sections de jeunes et dans les entreprises. Une manière de lutter plus activement contre le PTB qui recrute aisément dans les milieux étudiants et les syndicats. Il promet une refonte du 1er mai liégeois, plus en phase avec son temps mais sans tourner complètement le dos au passé. Une manière, là aussi, de faire descendre la moyenne d’âge d’une assistance à la maturité avancée. Et son équipe de parler de « dynamique participative », de lutte pour la redistribution des richesses, de relations plus rapprochées avec la FGTB et la Mutualité socialiste dont les leaders liégeois (Francis Gomez et Pierre Annet) siégeront désormais à l’exécutif de la Fédération.

Willy Demeyer a actualisé la feuille de route de la fédération liégeoise du PS qui, aux dernières élections fédérales, a accusé le coup en perdant un siège (deux à l’échelle de la Province). Pas de salut sans union des forces pour redresser la barre. Et tant pis pour ceux, minoritaires, qui rêvaient d’un affrontement plus idéologique entre plusieurs candidats.

 
 
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