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«Pourquoi nous allons continuer la grève!»

Après plus d’un an de sombres projections scientifiques et d’activisme croissant, les leaders politiques du monde et le public reconnaissent de plus en plus la gravité et l’urgence de la crise climatique. Et pourtant les actions ne suivent pas !

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

Depuis plus d’un an, les enfants et les jeunes du monde entier font la grève pour le climat. Nous avons lancé un mouvement qui a défié toutes les attentes, avec des millions de personnes qui ont prêté leur voix – et leur corps – à la cause. Nous l’avons fait non pas parce que c’était notre rêve, mais parce que nous n’avons trouvé personne d’autre qui prenne des mesures pour protéger notre avenir. Et malgré le soutien verbal reçu par de nombreux adultes – y compris de certains leaders les plus puissants du monde – à ce jour, nous attendons toujours ceux qui prendront ces mesures.

Faire la grève n’est pas une activité qui nous amuse ; nous le faisons parce que nous ne voyons pas d’autres options. Nous avons vu se dérouler plusieurs conférences sur le climat organisées par les Nations Unies. D’innombrables négociations ont abouti à des engagements encourageants de la part de gouvernements du monde entier et pourtant ceux-ci se révèlent vains. En effet, ces mêmes gouvernements permettent aux entreprises de combustibles fossiles de poursuivre leurs forages de puits de pétrole, de gaz et ainsi de brûler notre avenir pour leur propre profit.

Les politiciens et les entreprises de combustibles fossiles sont au fait de la crise climatique depuis des décennies. Et pourtant, les politiciens ont laissé ces entreprises continuer à exploiter les ressources de notre planète et détruire ses écosystèmes dans une quête effrénée de l’argent rapide et facile tout en menaçant notre propre existence.

Les scientifiques sonnent l’alarme

Vous doutez de la parole des jeunes ? Mais ce sont les scientifiques qui sonnent l’alarme. Ils avertissent que nous sommes très proches d’atteindre la limite d’augmentation de 1,5 º C au-dessus des niveaux préindustriels, seuil au-delà duquel les effets les plus destructeurs du changement climatique seraient déclenchés.

Pire encore, des recherches récentes montrent que nous sommes sur le point de produire 120 % de combustibles fossiles de plus en 2030 par rapport à ce qui serait compatible avec la limite de 1,5 ºC. La concentration de gaz à effet de serre qui réchauffe le climat dans notre atmosphère a atteint un niveau sans précédent sans aucun signe de ralentissement. Même si les pays respectaient leurs engagements actuels en matière de réduction des émissions, nous nous dirigeons vers une augmentation de 3,2 º C.

Nous les jeunes, portons le poids des échecs de nos dirigeants. Les recherches montrent que la pollution résultant de la combustion d’énergies fossiles est la principale menace mondiale pour la santé des enfants. Rien que ce mois-ci, cinq millions de masques ont été distribués dans des écoles de New Delhi, capitale de l’Inde, en raison du smog toxique. Les combustibles fossiles étouffent littéralement notre vie.

Les scientifiques réclament une action urgente et nos dirigeants continuent de l’ignorer. Nous allons donc continuer à nous battre !

Nos voix se font entendre

Après un an de grève, nos voix se font entendre. Nous sommes invités à parler dans les couloirs du pouvoir. Aux Nations-Unies, Greta s’est adressée à une salle remplie de dirigeants mondiaux. Au Forum économique mondial de Davos, elle a rencontré des premiers ministres, des présidents et même le pape. Chacune, nous avons aussi rencontré des leaders européens. Nous avons passé des centaines d’heures à participer à des panels et à parler à des journalistes et à des cinéastes. Nous avons reçu des récompenses pour notre activisme.

Nos efforts ont contribué à faire avancer le débat sur le changement climatique. Les gens discutent maintenant de plus en plus de la crise à laquelle nous sommes confrontés, non pas intérieurement, mais publiquement et avec un sentiment d’urgence. Les sondages confirment l’évolution des perceptions. Une étude récente a montré que dans sept des huit pays inclus dans le sondage, le changement du climat est considéré comme le problème le plus important auquel le monde est confronté. Une autre étude a confirmé que les écoliers avaient ouvert la voie en matière de sensibilisation.

Dénoncer l’hypocrisie

Face à l’évolution de l’opinion publique, les dirigeants du monde déclarent également nous avoir entendus. Ils disent qu’ils sont d’accord avec notre demande d’action urgente pour faire face à la crise climatique. Mais ils ne font rien. Alors qu’ils se rendent à Madrid pour la 25e session de la Conférence des Parties (COP25) à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, nous dénonçons cette hypocrisie.

La quatrième grève mondiale pour le climat s’est tenue le 29 novembre dernier et de nombreuses autres manifestations auront lieu le 6 décembre prochain durant la COP. En Belgique, nous appelons à une chaîne humaine pour le climat le dimanche 8 décembre à Bruxelles. Les écoliers, les jeunes et les adultes du monde entier s’uniront pour demander à nos dirigeants d’agir parce que c’est une question de survie pour le vivant.

Cette action doit être puissante et de grande envergure. Car la crise climatique ne concerne pas que l’environnement. C’est une crise des droits de l’homme, de justice et de volonté politique. Les systèmes d’oppression coloniaux, racistes et patriarcaux l’ont créée et alimentée. Nous devons tous les démanteler. Nos dirigeants politiques ne peuvent plus se dérober à leurs responsabilités.

Certains disent que la conférence de Madrid n’est pas très importante ; les grandes décisions seront prises à la COP26 à Glasgow l’année prochaine. Nous ne sommes pas d’accord. Comme le prouve la science, nous n’avons pas un seul jour à perdre.

Nous nous ferons de plus en plus bruyants

Nous avons appris que si nous ne réagissons pas, rien ne bougera. Nous allons donc poursuivre nos actions ! Nous maintiendrons un rythme de grèves, de manifestations ou d’actions. Nous nous ferons de plus en plus bruyants. Nous ferons tout ce qu’il faudra pour convaincre les responsables politiques de rejoindre les demandes très claires énoncées par les scientifiques.

Les actions collectives font de l’effet, nous l’avons prouvé. Pour arriver à un réel changement, nous avons besoin que chacun participe au mouvement de résistance du climat. Nous ne pouvons pas nous contenter de dire que le climat est important, nous devons agir.

Rejoignez-nous. A la marche de Madrid ou à celle de votre ville, montrez à votre entourage, à l’industrie des énergies fossiles et aux responsables politiques que vous n’accepterez plus l’inaction sur la question climatique. Si on agit en nombre, nous avons une chance d’y arriver !

Aux responsables politiques qui se rendent à Madrid, notre message est simple : tous les yeux des générations futures vous regardent. Agissez en conséquence.

Ce texte est aussi signé par Luisa Neubauer (Allemagne), Evan Meneses (Australie) et Hilda Flavia Nakabuye (Fridays for Future Ouganda). Les intertitres sont de la rédaction.

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8 Commentaires

  • Posté par Lefèvre Jean-Luc, jeudi 5 décembre 2019, 16:36

    On peut être d'accord avec les signataires de la carte blanche: s'agissant du climat, le monde politique est et sera toujours en retard sur la balle. Un peu comme en matière de criminalité, car les législations ne s'élaborent pas d'un claquement de doigt. Les débats politiques sont longs, qui supposent des compromis à partir de propositions souvent très techniques soumises aux différents acteurs. Un premier problème: la conception du temps chez les différents acteurs, les uns impatients, les autres conscients des procédures démocratiques. Un second problème: si les législateurs nationaux - députés belges - tardent toujours à prendre la mesure des menaces sécuritaires et des moyens pour les endiguer, que dire au niveau d'un continent et d'une planète? Il faut admettre qu'il est des enjeux de société ne s'inscrivent plus dans un cadre institutionnel national, ni même européen, mais mondial. Le climat et l'environnement sont de cet ordre, qui invoquent un gouvernement mondial. Il est urgent aussi de concevoir un principe de subsidiarité universel et d'accepter de se dépouiller quand il le faut d'une souveraineté nationale devenue surannée au XXIe siècle. A chaque problème de société, son instance de décision politique. Dans deux cents ans, peut-être, on l'aura compris, Mesdemoiselles!

  • Posté par Eric Lambot, mardi 3 décembre 2019, 11:53

    @Lambert Louis Ouvrez votre fenêtre, ou bien sortez un peu vous promener, vous verrez bien qu'il y a un problème. Si vous ne voyez rien alors c'est que vous faites partie du problème et on se passera de votre avis

  • Posté par Raurif Michel, lundi 2 décembre 2019, 14:25

    La terre existe depuis plus de 4.500.000.000 d’années ! Quelqu’un peut-il me dire ce qui s'est passé durant tout ce temps ? Je parle de réchauffement où de refroidissement des températures.

  • Posté par Maximilien Charlier, lundi 2 décembre 2019, 15:09

    Il n'y aura aucun problème pour la terre. Le problème c'est que l'espèce humaine est en train de détruire l’écosystème qui lui permet d'exister.

  • Posté par Lambert Louis, lundi 2 décembre 2019, 10:24

    Voici un fait (pas une opinion !) qui devrait faire réfléchir les climato-paniqueurs : entre 1945 et 1975 la température de la Terre a REFROIDI malgré des émissions croissantes de CO2. C'est au point que la célèbre revue Nature du 6 mars 1975 publiait un article sur les conséquences catastrophiques du refroidissement, la baisse des rendements agricoles et tentait - déjà- de créer un climat de panique. Quelques années plus tard, changement radical, on parle de réchauffement et de ses conséquences catastrophiques sur la baisse des rendements agricoles, etc. Comment voulez-vous qu'on prenne les prévisionnistes au sérieux ? Je peux très bien comprendre que la Science procède par tâtonnements, par erreurs et corrections mais baser la politique du monde entier sur une théorie pour laquelle il n'y a même pas unanimité, je ne suis pas d'accord. Allez voir sur Wikipédia la liste des scientifiques sceptiques sur l'influence du CO2, c'est impressionnant, il y a plein de Prix Nobel de physique, de chimie, des climatologues, etc. En réalité, tout ce barnum n'a qu'un but : permettre à une frange de prétendus "experts" de se payer des voyages (en avion !) aux quatre coins du monde et récolter des budgets pour leurs études bidon. Pour la gauche, c'est une aubaine, le thème de la lutte des classes ne marchant plus très fort, c'est celui la fin du monde qui la remplace et permettra de taxer les "riches" !

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