Géraldine Schwarz, écrivaine franco-allemande: «Le travail de la mémoire fait peur à la Belgique»

Géraldine Schwarz
Géraldine Schwarz - Bruno D’Alimonte

Géraldine Schwarz a écrit en 2017 Les Amnésiques. Son livre analyse la question du travail de la mémoire en Allemagne. L’occasion de voir avec l’écrivaine quels enseignements nous pouvons en tirer à notre époque, et chez nous aussi.

Comme une enquête de la RTBF vient de le mettre en avant, la Wallonie sous l’occupation avait aussi une part d’ombre. Mais comment expliquer que cette facette soit si souvent masquée ? « C’est une particularité de la Belgique. Le pays a peur que le travail de la mémoire ne creuse les conflits intercommunautaires ». Pourtant, l’effet serait contraire, à en croire l’auteure. « C’est parce qu’on ignore une mémoire ou qu’on rejette la mémoire de l’autre qu’on creuse les divisions intercommunautaires. Le travail de mémoire sert au contraire à unifier la société ».

Amnésie des « Mitläufer »

Le livre de Géraldine Schwarz se penche sur le cas des Mitläufer, ces Allemands qui ont marché avec le régime Nazi. Elle analyse comment ils ont accepté le régime, comment ils en ont ensuite oublié les atrocités, avant d’en faire un travail de mémoire. « Ces populations n’avaient pas connu de précédent, ils n’avaient pas eu d’éducation politique, on était beaucoup plus manipulables », commence-t-elle.

Un peuple qui obéit

Elle rappelle le contexte : l’humiliation du traité de Versailles, la crise économique de la fin des années 20. Un climat propice à la naissance d’un « sauveur ». C’est en effet dans ces années qu’Adolf Hitler se présente à l’Allemagne en homme providentiel. Un homme qui mènera tout un peuple à coups de propagande et de « séduction » (opportunités économiques, chute libre du chômage, voyages organisés, etc.). Résultat : un peuple obéissant, docile. « C’est d’ailleurs la ligne de défense des nazis jugés dans les années 50 et la raison pour laquelle beaucoup ont obtenu des jugements scandaleusement favorables. Certains n’avaient pas forcément le goût du sang, mais ont simplement suivi les règles ».

Le travail de mémoire

Après la guerre, l’aveuglement laisse la place à l’amnésie. Il a presque fallu une génération pour que le travail de mémoire se mette en marche. « Cette amnésie ne laissait pas du tout présager le travail de mémoire qui s’est déroulé ensuite. Ce sont les générations comme celles de mon père qui vont se rebeller dans les années 60. Ils se concentreront sur une question : comment devient-on un Mitläufer ? Un persécuteur ».

Géraldine Schwartz était interrogée par Bertrand Henne, Jean-Pierre Jacqmin et Béatrice Delvaux.

 
 
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