Carlos Ghosn sort du silence: «Je n’ai pas fui la justice, mais l’injustice et la persécution politique»

Carlos Ghosn.
Carlos Ghosn. - AFP

Carlos Ghosn donne mercredi à Beyrouth une conférence de presse très attendue, une première apparition publique du magnat déchu de l’automobile qui pourrait éclaircir les circonstances rocambolesques de sa fuite du Japon, où il est accusé de malversations financières.

« On m’a privé de ma liberté. J’aimerais remercier ceux qui m’ont permis de la retrouver », a commencé l’ancien PDG de Renault-Nissan de 65 ans. « J’ai été interrogé pendant plusieurs mois pendant plusieurs heures par jour et sans avocat. J’ai subi des accusations sans fondement. On m’a dit qu’il fallait avouer. Il n’y avait aucune issue au bout du tunnel. »

Carlos Ghosn a rappelé qu’il ne s’exprimerait pas sur la façon dont il s’y est pris pour fuir le Japon. « Je suis ici pour blanchir mon nom », a-t-il poursuivi. « Vous allez avoir la possibilité de découvrir la vérité. Je n’aurai jamais dû être arrêté. »

Il a ensuite accusé le système judiciaire japonais d’être « inhumain ». Carlos Ghosn a dénoncé un système « injuste », qui « vise à restreindre les libertés des différents inculpés ».

« Je n’ai pas fui la justice, mais l’injustice et la persécution politique, après plus de 400 jours de traitement inhumain, et dans l’incapacité d’avoir accès à une justice équitable », a-t-il lancé. C’est la raison qui l’a poussé à quitter le Japon. Il dit chercher « procès équitable ». « Ceux à qui j’avais affaire ne souhaitaient qu’une chose : entendre une confession », ils ne cherchaient pas la « justice », dénonce-t-il.

M. Ghosn fait l’objet de quatre inculpations au Japon : deux pour abus de confiance aggravé et deux pour des revenus différés non déclarés aux autorités boursières par Nissan (aussi poursuivi sur ce volet), notamment des montants qu’il devait toucher après sa retraite estimés par la justice à 9,23 milliards de yens (74 millions d’euros) de 2010 à 2018.

Fuite

Carlos Ghosn s’est enfui fin décembre en prenant un jet privé à l’aéroport international du Kansai, près d’Osaka, avec deux complices présumés, de nationalité américaine, selon la télévision japonaise. Il aurait échappé aux contrôles en se cachant dans un caisson de matériel pour des concerts, selon des médias japonais.

Le Liban, qui n’a pas d’accord d’extradition avec le Japon, a reçu une demande d’arrestation d’Interpol. M. Ghosn pourrait être entendu par le parquet général, comme l’impose la procédure, selon une source judiciaire.

Complot

Interpellé en novembre 2018 à la descente de son jet au Japon, l’homme d’affaires avait été libéré sous caution en avril 2019, au terme de 130 jours d’incarcération. Assigné à domicile, il avait interdiction de quitter le Japon dans l’attente d’un procès dont la date n’a pas été fixée, ainsi que de contacter son épouse Carole.

Le magnat déchu, ses proches et sa défense clament depuis le début son innocence et soutiennent qu’il a été victime d’un « complot » ourdi par Nissan, avec la complicité des autorités japonaises, car il s’apprêtait à organiser une fusion entre Renault et Nissan.

 
 
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