Dopage et corruption: le procès du clan Diack reporté pour des problèmes de procédure

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Le procès de l’ancien président de la fédération internationale d’athlétisme (IAAF), Lamine Diack, jugé avec son fils et quatre autres acteurs présumés d’un système de corruption voué à protéger des athlètes russes dopés, s’est ouvert lundi. Il a été reporté à la demande du parquet national financier au moins jusqu’au mois de juin par la 32e chambre correctionnelle du tribunal de Paris en raison de problèmes de procédure, a annoncé la présidente Rose-Marie Hunault peu de temps après son ouverture.

A 86 ans, le Sénégalais, qui a régné de 1999 à 2015 sur l’IAAF, doit répondre, devant les juges de la 32e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, des délits de corruption active et passive, abus de confiance et blanchiment en bande organisée. Il risque jusqu’à dix ans de prison et une lourde amende.

Arrivé au bras d’un proche, Lamine Diack n’a pas fait de déclaration aux journalistes en rentrant dans la salle d’audience, avant de décliner son identité aux juges de la 32e chambre.

Depuis son arrestation à Paris en novembre 2015, les scandales se sont multipliés : la Russie a été accusée de dopage institutionnel et Lamine Diack est aussi mis en examen pour corruption, soupçonné d’avoir monnayé son influence dans les processus d’attribution des Jeux olympiques de Rio 2016 et Tokyo 2020 et des Mondiaux d’athlétisme 2015 à Pékin, ainsi que pour Doha, qui a obtenu les Mondiaux 2019. Des soupçons qu’il réfute.

Lamine Diack comparaît avec l’un de ses anciens conseillers, l’avocat Habib Cissé, et l’ancien responsable du service antidopage de l’IAAF, Gabriel Dollé, jugés pour corruption passive.

Si Lamine Diack a interdiction de quitter le pays, la justice française n’a jamais pu approcher l’un des acteurs clé de l’affaire, son fils Papa Massata Diack. L’ancien puissant conseiller marketing de l’IAAF est réfugié à Dakar. Absent sans surprise, « PMD » était néanmoins représenté par ses avocats lundi, à la première des six audiences prévues sur deux semaines.

Manquent aussi à l’appel l’ancien patron de la fédération russe d’athlétisme, Valentin Balakhnitchev, et l’ancien entraîneur national des courses de fond, Alexeï Melnikov, soupçonnés d’avoir soutiré des sommes à sept athlètes en échange de leur protection contre des sanctions, pour un total évalué à 3,45 millions d’euros.

Début des années 2010 : l’arrivée du passeport biologique, qui permet de déceler des variations sanguines anormales, met la pression sur la Russie. En novembre 2011, l’IAAF dispose de 23 noms d’athlètes suspects.

Mais Lamine Diack, Habib Cissé et Papa Massata Diack multiplient les voyages à Moscou et les dossiers disciplinaires traînent en longueur, permettant à plusieurs athlètes de participer aux JO de Londres 2012, et pour certains d’être médaillés, comme les marcheurs Sergey Kirdyapkin et Olga Kaniskina ou Yuliya Zaripova (3.000 m steeple). Leurs titres seront retirés pour dopage.

Durant l’enquête, Lamine Diack a reconnu que les sanctions ont été échelonnées pour ne pas plomber l’image de la Russie, sur fond de négociations sur les droits télé et le sponsoring de la banque d’Etat VTB pour les Mondiaux de Moscou de 2013. « Il fallait différer la suspension des athlètes russes pour obtenir le contrat VTB », a-t-il convenu devant les enquêteurs.

L’ancien maire de Dakar a aussi concédé qu’il avait obtenu 1,5 million d’euros de la Russie pour faire campagne en 2012 à la présidentielle sénégalaise contre le sortant Abdoulaye Wade.

Mais pour ses avocats, les athlètes russes ont bien été sanctionnés (la plupart en 2014) et Lamine Diack cherchait avant tout à sauver l’IAAF de la faillite. Ils réfutent tout lien entre le jeu diplomatique de Moscou et les dossiers sportifs. « Concomitance ne veut pas dire contrepartie », assurent William Bourdon et Simon Ndiaye.

L’enquête a permis de retrouver la trace d’un virement de 300.000 euros, provenant d’un compte singapourien associé à Papa Massata Diack, en faveur de la marathonienne Liliya Shobukhova, en guise de « remboursement » après sa suspension en 2014. Lamine Diack est aussi jugé pour avoir permis à son fils de s’approprier d’importantes sommes dans les négociations avec les sponsors, en imposant ses sociétés comme intermédiaires, ou via des commissions « exorbitantes ».

L’IAAF, rebaptisée World Athletics et présidée par Sebastian Coe, réclame 24,6 millions d’euros sur ce volet, sur un préjudice estimé à 41 millions.

 
 
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