RTBF: le gouvernement impose à Philippot de rembourser 60.000 euros

Jean-Paul Philippot
Jean-Paul Philippot - Photo News

Ce jeudi matin, le gouvernement de la Communauté française se penchait sur le cas de Jean-Paul Philippot. L’administrateur général de la RTBF est pointé du doigt, depuis quelques semaines, pour avoir manqué de transparence sur la communication de son salaire et pour s’être vu appliquer une formule de calcul salariale trop généreuse.

Suite aux révélations du Soir, la ministre des Médias, Bénédicte Linard, a commandé une série de rapports pour faire la lumière sur ce dossier. Mardi, Le Soir dévoilait le contenu du rapport des commissaires du gouvernement, qui estiment que la RTBF a manqué à ses obligations légales de transparence, en publiant depuis 2014 des informations erronées sur le salaire de son patron dans son rapport annuel. Les commissaires estiment également que, sur la période 2014-2018, Jean-Paul Philippot a perçu de l’ordre de 60.000 euros (brut) en trop par rapport à l’application logique de son contrat.

Un carton jaune

Sur la base des rapports reçus, le gouvernement Jeholet a tranché, ce jeudi. Il estime que ce trop-perçu devra être remboursé par M. Philippot à la RTBF, et demande formellement au conseil d’administration de l’entreprise d’exiger ce remboursement. Pour l’année 2019 (où l’ensemble du salaire n’a pas encore été payé), Jean-Paul Philippot se verra également appliquer la formule de son salaire la moins généreuse, comme il l’a lui-même demandé pour calmer la polémique (350.000 euros au lieu de 390.000, brut).

Dans un communiqué, le gouvernement pointe également « les responsabilités internes dans l’élaboration et la validation du rapport annuel et la responsabilité fonctionnelle de l’administrateur général dans son rôle de représentation de l’entreprise. Concernant les responsabilités internes pointées, le gouvernement demande au conseil d’administration du média public de prendre attitude, en application des règles internes à la RTBF ».

Pas question donc de parler de « faute » dans le chef de Jean-Paul Philippot. « Rien n’indique dans les rapports que nous avons commandés qu’il a donné des injonctions claires pour publier ces chiffres, nous indique le ministre-président Pierre-Yves Jeholet. Il y a eu un manque de transparence, une certaine confusion dans la communication mais rien de délibéré. C’est plus une responsabilité collective. Chacun a son niveau – que ce soit au niveau du contrôle interne ou externe – aurait pu être plus vigilant. Quand on voit les dysfonctionnements qui ont eu lieu au sein de l’entreprise, c’est normal que la responsabilité de Jean-Paul Philippot en tant que patron soit engagée. ».

Cette affaire ne devrait pas avoir d’impact sur sa procédure de renouvellement à la tête de la RTBF en cours. « Les conclusions de ce rapport n’entravent en rien cette procédure, insiste Pierre-Yves Jeholet. S’il y avait eu faute, cela aurait été différent évidemment mais ce n’est pas le cas ».

Tous les feux sont désormais au vert pour cette reconduction puisque le CSA a remis ce jeudi un avis favorable à celle-ci. Dans cet avis, le régulateur de l’audiovisuel suggère aussi au gouvernement d’entamer une réflexion à propos de la procédure de renouvellement. Il estime qu’à l’avenir, celle-ci devrait s’accompagner d’un appel à candidatures et donc d’une mise en concurrence de l’administrateur général sortant, ce qui permettrait de confronter différents points de vue sur la manière de gérer l’entreprise durant les six années à venir.

Pierre-Yves Jeholet au «Soir»: «La procédure de renouvellement de Jean-Paul Philippot n’est en rien entravée»

Par Jean-François Munster

Pierre-Yves Jeholet, ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Pierre-Yves Jeholet, ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles. - BELGA

Entretien

Le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles pointe une responsabilité collective.

Le gouvernement a pointé ce jeudi la « responsabilité fonctionnelle » de Jean-Paul Philippot concernant le manque de transparence autour de son salaire. Qu’est-ce que cela signifie ?

Il n’y a pas eu de faute dans son chef. Rien n’indique dans les rapports que nous avons commandés (NDLR : audit interne de la RTBF et rapport des commissaires au gouvernement) qu’il a donné des injonctions claires pour publier ces chiffres. Il y a eu un manque de transparence, une certaine confusion dans la communication mais rien de délibéré. C’est plus une responsabilité collective. Chacun a son niveau – que ce soit au niveau du contrôle interne ou externe – aurait pu être plus vigilant. Quand on voit les dysfonctionnements qui ont eu lieu au sein de l’entreprise, c’est normal que sa responsabilité en tant que patron soit engagée. Il était important de faire toute la clarté sur cette affaire pour que ça ne devienne pas un mauvais feuilleton et de donner des recommandations pour que les organes de contrôle jouent à l’avenir mieux leur rôle. Le but n’était pas de trouver absolument un coupable et de couper des têtes.

Les conclusions de ce rapport vont-elles avoir un impact sur la procédure de renouvellement de Jean-Paul Philippot à la tête de la RTBF ?

Ces deux dossiers ne sont pas liés directement. Les conclusions de ce rapport n’entravent en rien la procédure de renouvellement qui est en cours. S’il y avait eu faute, cela aurait été différent évidemment mais ce n’est pas le cas. Nous analyserons l’avis du CSA (NDLR : rédigé suite à l’audition de Jean-Paul Philippot) sans doute jeudi prochain et ensuite on pourra prendre une décision. Je ne veux pas me prononcer avant.

Combien de mandataires publics en Fédération Wallonie-Bruxelles ont-ils un salaire qui dépasse le plafond de 245.000 euros fixé dans le futur décret gouvernance ?

Je ne sais pas. C’est précisément ça le problème. On ne dispose pas comme en Wallonie d’informations sur les rémunérations. Le décret amènera cette transparence.

 
 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous