Procès en destitution: Trump accusé d’être un «danger» pour la démocratie

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Le Sénat - AFP

Les procureurs démocrates au Sénat ont accusé vendredi Donald Trump d’être un « danger » pour la démocratie, dans un réquisitoire adressé autant aux électeurs américains qu’aux élus chargés de juger si le président mérite d’être destitué.

Après deux jours à la barre, l’accusation a repris à la mi-journée sa présentation des reproches adressés au président, le troisième seulement de l’Histoire des États-Unis à subir un procès en destitution au Sénat.

Leur déroulé méthodique des faits, entrecoupé d’extraits vidéo, de références historiques et d’envolées lyriques a dressé un portrait peu flatteur de l’impétueux milliardaire républicain.

« Le président a tendance à mettre ses intérêts avant ceux du pays » : c’est « Trump d’abord et pas l’Amérique d’abord », a assené le procureur en chef Adam Schiff, élu de la Chambre des représentants, en référence au slogan de campagne de l’ancien magnat de l’immobilier.

Sa conduite « met en danger notre sécurité nationale », a-t-il poursuivi. « Notre démocratie est en jeu, c’est aussi simple que ça. »

Les faits au coeur du procès sont peu contestés : Donald Trump a demandé à l’Ukraine d’enquêter sur le démocrate Joe Biden, adversaire potentiel à la présidentielle de novembre, en même temps qu’il gelait une aide militaire cruciale pour ce pays en conflit avec la Russie.

« Bon sens »

Pour l’opposition, le président a utilisé les moyens de l’État pour faire pression sur Kiev afin de « salir » son rival. « En d’autres termes, pour tricher à l’élection », selon Adam Schiff.

Une fois « démasqué », après l’intervention d’un mystérieux lanceur d’alerte, « il a travaillé dur pour étouffer l’affaire » et bloquer l’enquête du Congrès, a ajouté Hakeem Jeffries.

La Chambre des représentants, aux mains des démocrates, l’a donc mis en accusation le 18 décembre pour « abus de pouvoir » et « entrave au travail du Congrès ». Pas un seul républicain n’a apporté sa voix à ce vote d’« impeachment ».

Cette solidarité des élus républicains devrait permettre à Donald Trump d’être rapidement acquitté, son parti restant majoritaire au Sénat, avec 53 sièges sur 100.

L’opposition espère toutefois écorner son image, alors qu’il est en pleine campagne de réélection.

Le leader des sénateurs démocrates Chuck Schumer a reconnu que des propos « poignants » d’Adam Schiff jeudi soir sur l’importance du « bien et de la vérité » « s’adressaient au bon sens des Américains ».

« Vallée de la mort »

Avant de participer vendredi au rassemblement annuel des militants anti-avortements, afin de cimenter sa base électorale, Donald Trump s’est plaint d’avoir « eu à endurer des heures et des heures de mensonges, de fraudes et de tromperies ».

« Le coup monté de la destitution perturbe les élections de 2020 », a-t-il reconnu sur Twitter, avant de se plaindre du calendrier : « Mes avocats vont être obligés de commencer samedi, ce qu’on appelle la Vallée de la Mort en télé ! »

Ses défenseurs prendront la parole à partir de 10h00 (15h00 GMT) et disposeront à leur tour de 24 heures maximales sur trois jours pour développer leurs arguments.

L’un d’eux Jordan Sekulow -- fils de l’avocat personnel de Donald Trump Jay Sekulow -- a déclaré sur la chaîne Fox News qu’ils allaient « attaquer toutes les inexactitudes » des procureurs.

« On va plaider que le président était totalement dans son droit, tel que garanti par la Constitution », a-t-il ajouté.

Pour ses partisans, l’impétueux président pouvait légitimement demander à l’Ukraine d’enquêter sur les affaires du fils de Joe Biden, Hunter, dans ce pays gangrené par la corruption.

« Je pense qu’il avait raison » d’insister pour obtenir une enquête sur les Biden, a encore déclaré vendredi l’influent sénateur républicain Lindsey Graham.

« Bon boulot »

Fair-play, Lindsey Graham a reconnu qu’Adam Schiff « avait fait du bon boulot », mais il lui a reproché d’avoir assuré que le président servait ses intérêts plus que ceux de l’Amérique : « Cette décision revient aux électeurs ».

D’autres élus de la majorité ne se sont pas montrés aussi élégants, affichant clairement leur lassitude face à des arguments qui, de l’aveu même d’Adam Schiff, « se répètent » parfois.

Ils ont été vus haussant les épaules, ricanant ou piquant du nez pendant la présentation des démocrates. L’un d’eux a même écrit un grand « SOS » sur une feuille blanche lisible depuis la tribune réservée à la presse.

D’autres se sont régulièrement échappés dans l’antichambre du Sénat, en violation des règles strictes du procès qui leur interdisent de parler, sortir de la salle d’audience, ou consulter leurs portables.

 
 
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