Didier Reynders: «Ceux qui disent être attachés à l’avenir du pays doivent chercher un gouvernement PS-NVA»

Didier Reynders: «Ceux qui disent être attachés à l’avenir du pays doivent chercher un gouvernement PS-NVA»
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Lucie Hermant

Comment faire fonctionner la Belgique fédérale dans les conditions politiques actuelles ? À ce propos, Didier Reynders est clair : l’avenir du pays dépend notamment de la présence de deux grandes formations politiques autour de la table. « Ce qui me frappe, c’est que du côté francophone, beaucoup sont très attachés à un projet belge, ils veulent travailler avec la Flandre. Mais pour travailler avec la Flandre, il faut travailler avec les Flamands. »

Est-ce que l’alliance PS-NVA reste alors la seule alternative ? Didier Reynders revient alors sur son travail d’informateur avec Johan Vande Lanotte, fin de l’été dernier. « Nous pensions d’abord que nous devions tenir compte de ce que les partis nous disaient, et je peux vous dire qu’il y avait une exclusion absolue d’une autre formule par plusieurs formations politiques dans le nord du pays. À un moment donné, on ne peut pas informer le Roi d’autre chose que ce que l’on reçoit comme message. » L’ex-informateur reste donc convaincu qu’il va être difficile de continuer à ignorer le premier parti flamand. « Pour l’avenir du pays, pour tous ceux qui sont très attachés à cela, je me dis qu’avoir les deux grandes formations politiques autour de la table, ce n’est pas absurde. Et peut-être aussi pour calmer les ardeurs en matière de transformations institutionnelles. Si les deux sont là, est-ce qu’on peut avoir un débat serein ? Notamment sur certains aménagements dans les rôles des uns et des autres ? »

Les défis européens

C’est désormais acté : les Britanniques ne sont plus des citoyens européens. Alors comment vont désormais s’organiser les relations entre Londres et Bruxelles ? Didier Reynders rappelle que l’Union européenne reste en position de force. « Quand on fait partie de l’Union, cela apporte une plus-value, des éléments que l’on ne pourra pas offrir à des partenaires britanniques qui ont voulu être en dehors. La Grande-Bretagne reste un partenaire très important, mais il faut savoir que plus de 50 % de son commerce se fait avec l’Union européenne, par contre pour l’Union européenne c’est moins de 10 %. » Il est donc important de maintenir la position de force de Bruxelles dans la balance commerciale, et Didier Reynders ajoute : « L’élément le plus fort dans la position européenne, c’est l’unité des 27 et c’est ce qui fait que nous allons travailler avant tout avec Michel Barnier, qui a négocié l’accord de retrait. Grâce à sa technique de transparence avec tous les États membres et la Commission, on a pu garder l’unité. »

Une unité qui devient cependant parfois fragile d’un point de vue politique, avec certains gouvernements qui chatouillent des limites européennes, notamment la Pologne qui a adopté une loi qui interdit aux juges de critiquer les réformes judiciaires. « Les limites, c’est le respect de l’état de droit. Et la première chose à faire comprendre en matière d’état de droit au sein de l’Union européenne, c’est que les Européens ont des droits individuels, et que pour les faire valoir, il faut éventuellement pouvoir aller devant un juge indépendant. » Et si une décision devait intervenir à l’égard de ces pays, des sanctions importantes suivraient. « On pourrait aller jusqu’à la suspension des droits de vote, donc ils ne participeraient plus aux décisions dans l’Union », mais nous n’en sommes pas là. « L’état de droit, c’est l’Union finalement. La façon européenne de vivre, c’est de garantir ses droits. Le rapport c’est une chose, il y a les mesures que l’on prend devant la Cour de Justice, mais il y a aussi maintenant un débat sur la conditionnalité en matière budgétaire. Parce que finalement, le nerf de la guerre pour beaucoup d’États, c’est le budget. L’objectif aujourd’hui est donc de dire : est-ce qu’on peut conditionner l’octroi de subsides, de financements, au respect de l’état de droit ? » Une alternative qui serait, a priori, plutôt un outil de pression.

 
 
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