Négociations fédérales: le CD&V propose la «coalition miroir»

Joachim Coens
Joachim Coens - Archive Belga

Après la Bourguignonne, la Vivaldi et la Diables rouges, voici la coalition miroir. Pour sortir de l’impasse fédérale et des exclusives posées par les partis les uns contre les autres ou sur leurs points de programme respectifs, le président du CD&V, Joachim Coens propose dans De Morgen la « coalition miroir ».

Il s’agirait de constituer un gouvernement fédéral qui serait le reflet des équipes en place en Flandre et en Wallonie. Ceci donnerait donc un gouvernement composé, côté flamand, de la N-VA, du CD&V et du VLD et, côté francophone, du PS, du MR et d’Ecolo. « Avec une telle coalition, on éviterait les incessants conflits entre le gouvernement fédéral et le gouvernement flamand ou wallon. »

Cette coalition présenterait l’avantage de bénéficier d’une majorité des deux côtés de la frontière linguistique. « Cela permettrait aussi de débloquer la situation et d’éviter les élections », poursuit Joachim Coens.

Côté écueils, elle supposerait, notamment, de marier Ecolo à la N-VA, ce que les verts ont toujours refusé et d’allier le PS et la N-VA, ce que les rouges ont jusqu’à présent décliné aussi en raison des incompatibilités de programmes. Côté francophone, elle pourrait par ailleurs être lue comme un commencement de mise en place d’un état confédéral.

Cette proposition ne doit toutefois pas être prise à la légère dans le contexte du moment : c’est le CD&V qui dispose du chargé de mission à qui il revient de tenter de former un gouvernement. Et Koen Geens a récemment été prié de se soumettre aux injonctions de son parti et de son président en particulier.

Ahmed Laaouej sur la «coalition miroir»: «Le CD&V se fait le porte-voix de la N-VA en niant la Région bruxelloise»

Par Véronique Lamquin

Ahmed Laaouej
Ahmed Laaouej - Pierre-Yves Thienpont/Le Soir

Pour Joachim Coens, l’issue à la crise politique passe par la constitution, au niveau fédéral, d’une coalition « miroir ». Sous-entendu, qui reflète la composition des majorités fédérées. Sauf que, pour le président du CD&V, seules comptent la Wallonie et la Flandre. Pas un mot pour Bruxelles. Dans son raisonnement, N-VA, CD&V et Open VLD d’une part, PS, MR et Ecolo de l’autre, pourraient ainsi former un gouvernement. Il oublie au passage Défi, Groen et le SP.A, au pouvoir dans la capitale (avec l’Open VLD, le PS et Ecolo).

Il n’en fallait pas plus pour faire sortir de ses gonds Ahmed Laaouej. « Ceux qui pensent donner un avenir à la Belgique en niant la Région bruxelloise se leurrent. » Le président de la fédération bruxelloise du PS estime « particulièrement inquiétant » de voir qu’« une idée qu’on pensait être l’apanage de la N-VA soit assumée au plus haut niveau par le CD&V ».

« Le contraire d’un fédéralisme de maturité »

Ceci posé, Ahmed Laaouej se montre on ne peut plus clair, au nom du Parti socialiste : « nous disons très clairement que rien ne se fera qui irait contre les intérêts des Bruxelloises et des Bruxellois ou de la Région bruxelloise. Ceux qui pensent ou disent le contraire en seront pour leurs frais. » En d’autres termes : « la Région bruxelloise a son autonomie et son intégrité institutionnelles, pas question de le nier. Nous ne baisserons pas la garde. Nous serons plus que jamais vigilants pour la défense de Bruxelles. Et nous n’accepterons jamais que Bruxelles serve de monnaie d’échange. Le discours du CD&V est tout sauf un discours d’apaisement. Nier l’existence d’une des trois Régions, c’est le contraire d’un fédéralisme de maturité, c’est créer des tensions et, dans le contexte, c’est très inquiétant. »

Derrière les propos de Joachim Coens, Ahmed Laaouej retrouve les revendications institutionnelles formulées par la N-VA – qui nie la reconnaissance du fait régional bruxellois. Nouvelle salve de critiques. « Le CD&V ne comprend pas les préoccupations des citoyens ; les gens ne veulent pas de mécano institutionnel, ils veulent qu’on s’occupe des urgences sociales, environnementales et économiques. Le CD&V ferait bien d’essayer de trouver des solutions pour répondre aux problématiques majeures de notre pays. »

En termes politiques, le patron des socialistes bruxellois y voit un signal « que le CD&V se met vraiment dans la roue de la N-VA. Il est non seulement scotché à la N-VA mais il s’en fait le porte-voix. C’est particulièrement inquiétant et interpellant. J’appelle le CD&V à se ressaisir. » Dernier message à Joachim Coens : la coalition miroir laisse le SP.A de côté, « je tiens à rappeler que la famille socialiste est unie », cingle Ahmed Laaouej. En résumé : « non à ce miroir dissymétrique ».

 
 
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