Une coalition miroir ? L'idée de Joachim Coens (CD&V) recalée par les francophones

Maxime Prévo et Celine Fremault
Maxime Prévo et Celine Fremault - Photo News

Balayée d’un revers de la main par plusieurs ténors socialistes bruxellois, la proposition du président du CD&V Joachim Coens d’entamer des discussions sur base d’une coalition miroir rassemblant les partis au gouvernement flamand (N-VA, CD&V et Open VLD), et les partis au gouvernement wallon (PS, MR et Ecolo) ne passe pas la rampe chez Défi, chez les verts et au CDH.

« On efface complètement la logique fédérale. Or, ce n’est pas pour rien qu’on a des élections à différents niveaux de pouvoir. La dynamique n’est pas la même. Le CD&V essaye de nous amener le confédéralisme par la fenêtre, de manière un peu sournoise. Au moins, la N-VA le fait avec honnêteté, par la porte… Je crois que Joachim Coens pense uniquement au lien entre le gouvernement flamand et le fédéral, pour rester à bord. Comme d’autres politiques néerlandophones, il élude Bruxelles, parfois sans le faire exprès. C’est affreux mais c’est comme ça », a ainsi commenté le président de Défi, François De Smet.

De son côté, le président du CDH, Maxime Prevot a estimé que cette proposition de Joachim Coens constituait une «regrettable piqure de rappel à ceux qui pensaient que le respect de Bruxelles était acquis par tous».

Toujours sur Twitter, la cheffe de file du CDH bruxellois, Céline Fremault a jugé «inacceptable», «la fausse bonne idée du président du CD&aV» qui nie la réalité institutionnelle de la Région bruxelloise et traduit une volonté de confédéralisme que l’on trouve déjà dans la résolution adoptée en ’99 au Parlement flamand.

La proposition a églalement été rejetée par Ecolo et Groen.

« Hey @joachimcoens, les bruxellois.e.s existent aussi, hein. La Belgique a besoin d’un gouvernement qui porte un projet cohérent et progressiste, pas juste une addition de partis qui occuperaient des postes par défaut », a tweeté la co-présidente des Verts francophones, Rajae Maouane.

« Oublions un peu facilement Bruxelles et mettons sur pied un projet pour notre pays encore moins cohérent », a raillé sur Twitter la députée Jessika Soors (Groen). « Ou qu’est-ce qui est passé par la tête quand il a lancé sa proposition impraticable, pas même une semaine après sa mission d’informateur ? »

Ahmed Laaouej sur la «coalition miroir»: «Le CD&V se fait le porte-voix de la N-VA en niant la Région bruxelloise»

Par Véronique Lamquin

Ahmed Laaouej
Ahmed Laaouej - Pierre-Yves Thienpont/Le Soir

Pour Joachim Coens, l’issue à la crise politique passe par la constitution, au niveau fédéral, d’une coalition « miroir ». Sous-entendu, qui reflète la composition des majorités fédérées. Sauf que, pour le président du CD&V, seules comptent la Wallonie et la Flandre. Pas un mot pour Bruxelles. Dans son raisonnement, N-VA, CD&V et Open VLD d’une part, PS, MR et Ecolo de l’autre, pourraient ainsi former un gouvernement. Il oublie au passage Défi, Groen et le SP.A, au pouvoir dans la capitale (avec l’Open VLD, le PS et Ecolo).

Il n’en fallait pas plus pour faire sortir de ses gonds Ahmed Laaouej. « Ceux qui pensent donner un avenir à la Belgique en niant la Région bruxelloise se leurrent. » Le président de la fédération bruxelloise du PS estime « particulièrement inquiétant » de voir qu’« une idée qu’on pensait être l’apanage de la N-VA soit assumée au plus haut niveau par le CD&V ».

« Le contraire d’un fédéralisme de maturité »

Ceci posé, Ahmed Laaouej se montre on ne peut plus clair, au nom du Parti socialiste : « nous disons très clairement que rien ne se fera qui irait contre les intérêts des Bruxelloises et des Bruxellois ou de la Région bruxelloise. Ceux qui pensent ou disent le contraire en seront pour leurs frais. » En d’autres termes : « la Région bruxelloise a son autonomie et son intégrité institutionnelles, pas question de le nier. Nous ne baisserons pas la garde. Nous serons plus que jamais vigilants pour la défense de Bruxelles. Et nous n’accepterons jamais que Bruxelles serve de monnaie d’échange. Le discours du CD&V est tout sauf un discours d’apaisement. Nier l’existence d’une des trois Régions, c’est le contraire d’un fédéralisme de maturité, c’est créer des tensions et, dans le contexte, c’est très inquiétant. »

Derrière les propos de Joachim Coens, Ahmed Laaouej retrouve les revendications institutionnelles formulées par la N-VA – qui nie la reconnaissance du fait régional bruxellois. Nouvelle salve de critiques. « Le CD&V ne comprend pas les préoccupations des citoyens ; les gens ne veulent pas de mécano institutionnel, ils veulent qu’on s’occupe des urgences sociales, environnementales et économiques. Le CD&V ferait bien d’essayer de trouver des solutions pour répondre aux problématiques majeures de notre pays. »

En termes politiques, le patron des socialistes bruxellois y voit un signal « que le CD&V se met vraiment dans la roue de la N-VA. Il est non seulement scotché à la N-VA mais il s’en fait le porte-voix. C’est particulièrement inquiétant et interpellant. J’appelle le CD&V à se ressaisir. » Dernier message à Joachim Coens : la coalition miroir laisse le SP.A de côté, « je tiens à rappeler que la famille socialiste est unie », cingle Ahmed Laaouej. En résumé : « non à ce miroir dissymétrique ».

«La proposition de Coens? Annonciatrice d’une fracture du pays»

Ancien ministre-président bruxellois, Charles Picqué (PS) réagit à son tour - il n’est pas tendre... - à l’idée de Joachim Coens, président du CD&V, en faveur d’une coalition miroir où se retrouveraient les partis qui gouvernement en Wallonie (PS, MR, Ecolo) et ceux qui gouvernent en Flandre (N-VA, CD&V, VLD).

Voici : « C’est à tout le moins une nouvelle surprise et proposition de taille dans le chef de nos ex-informateurs. Cette proposition qui ignore Bruxelles porte tous les germes d’une conception future de la Belgique qui ouvre la voie à une bipolarité Flandre-Wallonie, annonciatrice d’une fracture du pays, et avec le risque d’une co-gestion de Bruxelles par les deux communautés ou les deux autres Régions, ce qui sera contraire à l'intérêt des Bruxellois. Ignorer Bruxelles, c'est aussi remettre en cause les grands accords et équilibres négociés au fil des années ».

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