Le bonheur comme indicateur de prospérité

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Les économistes, dans nos contrées dites développées, ont fait de la croissance économique le seul et unique baromètre de ce que l’on appelle la prospérité. Mais des voix s’élèvent aujourd’hui pour que le modèle change. Les crises économiques nous prouvent que le bonheur humain ne peut plus être lié à des croissances à un ou deux chiffres. Mieux, certains entrepreneurs prônent un retour à la satisfaction personnelle – qui n’a rien d’économique – pour jauger de leur réussite.

Une course sans fin

La croissance économique telle que nous la connaissons actuellement mènerait, à leurs yeux, l’humanité à sa perte. D’abord parce que cette croissance sans limites est un désastre pour l’écologie. Les modes de production sont néfastes et le consommateur s’y intéresse. Ensuite, parce que la croissance ne s’est pas réalisée de manière uniforme. Si l’on parle souvent de pays en développement économique, l’épuisement des ressources naturelles – et nous rejoignons-là le premier point militant pour une forme de décroissance – ne permettra pas à tous de vivre de manière égalitaire. Enfin, et c’est sans doute la vision la moins objective, la croissance telle que nous la vivons n’apporte plus le bonheur. L’engagement de l’entrepreneur est constant, sans limites et, le soir venu, il est en droit de se demander à quoi cela le mène.

La recherche du bonheur

Aujourd’hui, il apparaît de plus en plus qu’entreprendre ne signifie plus faire grimper son chiffre d’affaires d’autant de pour cent chaque année. La course effrénée que nous connaissons depuis l’ère industrielle est en train d’en essouffler plus d’un. Non seulement l’entrepreneur veut profiter de la vie, mais il souhaite aussi le faire dans des conditions acceptables. De son côté, le consommateur est de plus en plus attentif à ce que les produits qu’il achète répondent à ces valeurs de bien-être, pour les personnes qui les ont produits, mais aussi pour la nature qui, après, doit gérer l’afflux de déchets.

Le Bhoutan tend au bonheur

Certains pays ont compris que les seuls chiffres ne pouvaient plus servir de références. En Belgique, aux côtés du PIB, on calcule d’autres indices pour vérifier que la population active perçoive suffisamment de satisfaction. D’autres, comme le Bhoutan, ont décidé de faire du bonheur une valeur de base. Son gouvernement a introduit dans la loi la notion de Bonheur National Brut. Celui-ci est calculé sur base de critères tels que le bien-être psychologique, la santé, l’éducation, la jouissance de temps libres, l’accès à la culture ou encore la diversité philosophique.

Curieusement, le Bhoutan a réussi à mettre dans sa loi des notions qui touchent tant les entrepreneurs que les consommateurs de leurs produits. Une vision philosophique de notre société qui permettra peut-être d’éviter à la plupart d’entre nous de courir après des objectifs, clairement économiques, que nous n’arriverons jamais à atteindre puisque toujours revus à la hausse.

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