Primaires démocrates: Sanders talonné par Buttigieg remporte le New Hampshire, après son lot de psychodrames

Bernie Sanders
Bernie Sanders - Reuters

Espoirs douchés, illusions perdues, révélations subites : la primaire du New Hampshire, « première de la Nation » si l’on oublie les caucus biscornus de l’Iowa le 3 février, a livré son lot de psychodrames mardi soir et singulièrement défriché l’impitoyable campagne présidentielle démocrate.

En quelques mots ? Bernie Sanders a gagné là où il était attendu en grand favori, arrivant en tête de la meute avec 26 % des suffrages. Quatre ans plus tôt, il avait défait sa grande rivale Hillary Clinton par 53 à 47 %. L’enthousiasme de 2016 est intact, ses meetings génèrent un engouement intense et les caisses sont pleines, remplies par une armée de plusieurs millions de contributeurs individuels. Socialiste autoproclamé, le sénateur âgé de 78 ans voit se profiler l’investiture, porté par cette vague populaire, toutes générations mêlées, qui croit en ses promesses d’assurance-santé universelle, d’impôt sur les plus riches et de gratuité des frais universitaires.

Pete Buttigieg pas loin de Sanders

Mais, dans ce scrutin obéissant à une scrupuleuse règle proportionnelle, Sanders est talonné par le néophyte Pete Buttigieg, 38 ans et 24 % des voix au compteur. L’ex-maire de la ville de South Bend, en Indiana, homosexuel et vétéran d’Afghanistan, est parvenu à gratter de précieuses voix sur les campus de Nouvelle-Angleterre, là où Sanders pensait régner en maître. Il gâche un peu la fête du sénateur du Vermont, qui devra s’imposer nettement dans le Nevada (22 février) et la Caroline du sud (29 février), deux primaires qu’il croit à portée de main, surfant sur la vague d’une « révolution politique » amorcée en 2016.

Désastre pour Joe Biden

Pour Joe Biden et Elizabeth Warren, le « Granite State » est un désastre : les deux poids-lourds supposés de ces primaires piétinent sous la barre des 10 %. Le premier a annulé sa soirée de visionnage des résultats sur place et foncé en Caroline du sud, son « pare-feu » où le vote noir lui était jusqu’ici massivement favorable. Mais rien n’est moins sûr, désormais, les électeurs afro-américains observant avec intérêt la dégringolade de leur « champion », encensé pour avoir servi, huit ans durant, comme vice-président aux côtés de l’icône Barack Obama. La fuite du New Hampshire, en outre, paraît difficilement justifiable en termes d’image. Les électeurs démocrates pourront-ils soutenir longtemps un candidat qui a eu l’insigne maladresse de s’adresser à ses supporters du New Hampshire par vidéo interposée depuis Columbia, capitale de Caroline du sud, en leur assurant qu’il « ne les oubliait pas » ? Ses rires embarrassés, ses petites phrases « je vous aime autant que vous m’aimez » et ses appels du pied aux nostalgiques d’Obama trahissaient un malaise grandissant, entretenu par un manque chronique de fonds qui pourrait entraîner une fin de match prématurée.

Amy Klobuchar, la plus grande sensation de la soirée

L’aventure sent le souffre, également, pour Elizabeth Warren, une régionale de l’étape comme Sanders, en sa qualité de sénatrice du Massachusetts. Son discours mardi soir avait des allures de marche funèbre, Warren insistant sur le fait que tous ses rivaux et rivales méritaient autant qu’elle de défier Donald Trump.

L’une de ces rivales, Amy Klobuchar, est probablement la plus grande sensation de la soirée en Nouvelle-Angleterre : petit poucet des primaires jusqu’à la semaine passée, la pugnace sénatrice du Minnesota a livré un débat télévisé remarquable, vendredi 7 février, puis reçu le soutien du plus grand quotidien local, le Manchester Union Leader. Avec 19,7 % des voix, elle crée un « klomentum » (jeu de mots sur son patronyme, Klobuchar, et le terme momentum, élan) qui pourrait inciter les supporters féministes de Warren à se reporter sur cette éloquente édile, peut-être un brin moins empruntée que son homologue du Massachusetts, ainsi que les déçus éventuels de Biden, eux aussi attirés par ces nouveaux visages que sont Klobuchar et Buttigieg.

Amy Klobuchar
Amy Klobuchar - Reuters

Plus que 9 en course

À l’orée du Super Tuesday qui, le 3 mars, offrira près de la moitié des 1991 voix de délégués nécessaires pour remporter l’investiture en juillet à la convention de Milwaukee, le New Hampshire demeure arithmétiquement anecdotique avec ses 24 délégués. Mais il sonne déjà le glas des candidats en souffrance dans les sondages : mardi, le philanthrope de la Silicon Valley Andrew Yang et le sénateur du Colorado Michael Bennet ont jeté l’éponge, vaincus par des scores dérisoires dans les urnes et une perte d’élan fatale. Ils ne sont plus que neuf en course. Les prochains à sauter du train en marche pourraient se nommer Tulsi Gabbard, la représentante de Hawaii, et peut-être Warren. Le milliardaire californien Tom Steyer, crédité de 4 % des voix à peine, persiste et signe. Comme son alter ego new-yorkais Michael Bloomberg, il auto-finance sa campagne, inondant les écrans de publicités à son effigie. Bloomberg, au contraire de Steyer, a su transcrire ces apparitions télévisées en statistiques : il est aujourd’hui crédité de 15 % d’intentions faborables sur le plan national, en troisième position derrière Biden et Sanders.

 
 
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