Italie: Salvini renvoyé en justice par le Sénat pour séquestration de migrants

Matteo Salvini.
Matteo Salvini. - EPA

Un tribunal de Catane (Sicile) accuse Matteo Salvini « d’abus de pouvoir et de séquestration de personnes » pour avoir bloqué l’été dernier durant plusieurs jours 116 migrants à bord d’un navire des gardes-côtes italiens, le Gregoretti. Salvini sera renvoyé en justice, a décidé le le Sénat. Il encourt jusqu’à15 ans de réclusion pour les faits qui lui sont reprochés.

Peu avant la décision du Sénat, l’ex-ministre de l’Intérieur avait déclaré : « Je n’irai pas dans cette salle de tribunal pour me défendre, j’irai pour revendiquer avec orgueil ce que j’ai fait ». C’était son « devoir » de défendre les frontières du pays quand il était ministre de l’Intérieur, a-t-il ajouté.

Il a mêlé ironie envers ses adversaires et invoqué ses enfants, comme il le fait souvent. « Mes deux enfants ont le droit de savoir que, si leur papa était souvent loin de la maison, ce n’était pas pour séquestrer des personnes mais pour défendre les frontières et la sécurité du pays », a-t-il dit.

« Les adversaires doivent être battus dans les urnes, pas dans les tribunaux », a aussi lancé le chef souverainiste qui a construit sur la lutte contre l’immigration son ascension et celle de son parti que les sondages donnent à environ 30 % d’intentions de vote, soit le premier d’Italie.

116 migrants bloqués

Le 25 juillet 2019, jour où plus de 110 personnes avaient disparu dans un naufrage au large de la Libye, le navire militaire Gregoretti avait pris à son bord 140 migrants, partis des côtes libyennes quelques jours auparavant sur deux embarcations et secourus par des garde-côtes italiens.

Des migrants avaient pu être évacués pour raisons médicales mais 116 autres étaient restés sur le navire près d’une semaine, faute d’autorisation de débarquer de M. Salvini, alors ministre de l’Intérieur d’un gouvernement formé par la Ligue (son parti) et les anti-establishment du Mouvement 5 Etoiles (M5S).

La Constitution italienne permet au parlement de bloquer des poursuites contre un ministre si les élus considèrent qu’il a agi dans le cadre de ses fonctions et dans l’intérêt supérieur de l’Etat.

Une deuxième affaire le 27 février

Les soucis de Salvini ne s’arrêtent pas à l’affaire Gregoretti. Une Commission du Sénat devra statuer, le 27 février, sur une autre demande de renvoi en justice concernant cette fois le navire humanitaire Open Arms, bloqué mi-août 2019 pendant plusieurs jours devant l’île de Lampedusa, sur ordre de M. Salvini.

Même après son probable renvoi devant le tribunal des ministres, une juridiction spéciale composée de trois magistrats expérimentés de Catane, M. Salvini devra probablement attendre des années pour être fixé sur son sort, compte tenu de la lenteur de la justice italienne, et des possibilités de recours.

En cas de condamnation définitive, c’est-à-dire en dernière instance par la Cour de cassation, le patron de la Ligue encourt aussi une peine d’inéligibilité de six à huit ans.

 
 
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