Les Digital Natives existent-ils vraiment ?

Les Digital Natives existent-ils vraiment ?

Le terme «Digital Natives» a été popularisé par un auteur américain, Marc Prensky. En 2001 (déjà !), il publie l'article «Digital Natives, Digital Immigrants». Sa thèse ? Ceux qui sont nés après 1985 «pensent et traitent l'information de façon fondamentalement différente de leurs prédécesseurs». Là où les Baby Bomers -ceux nés entre 1945 et 1965- ont dû apprendre et migrer vers ces technologies (d'où «Immigrants»), les Digital Natives s'en sont emparés de façon naturelle.

Sauf que cette conclusion est... erronée ! C'est ce que affirment notamment deux autres chercheurs : Paul Kirschner de l'université d'Oulu en Finlande et Pedro De Bruyckere de la haute école Artevelde à Gand. En 2017, ils publient un essai «The myths of the digital native and the multitasker». Pour eux, ces surdoués numériques «n'existent pas». Et il en va de même de l'une de leurs supposées compétences, celle de pouvoir effectuer plusieurs tâches en même temps.


Professor Susan Bennett, The dangerous idea of the digital natives

Des niveaux de compétences très divers

Alors qui croire ? Voici ce que pense Nicolas Roland, chercheur en Sciences de l'éducation à l'ULB et auteur de plusieurs articles sur ce thème et sur celui de la pédagogie à l'heure des nouvelles technologies. En 2015, il émettait des doutes. Il confirme aujourd'hui. «Mon avis est que ce concept a été surtout fondé sur des considérations personnelles et non sur une réelle démarche scientifique. En fait, il a été repris et amplifié par des médias, des enseignants et même certains académiques, au point de devenir une croyance populaire.»


D'après lui, plusieurs critiques peuvent lui être adressées. «D'abord, ces personnes présentent des compétences très diverses en matière de technologie. Il est donc incorrect de toutes les qualifier de Digital Natives. Et ce que l'on constate sur base d'études, c'est que ces différences tiennent surtout au statut socio-économique des parents. Ceux qui maîtrisent le mieux le numérique sont ceux issus de familles aisées.» Une inégalité tout à fait classique dans le domaine de l'éducation.

Une technologie n'est pas l'autre

Un second reproche concerne le fondement même de ces fameuses compétences. «Elles ne sont que de surface, poursuit Nicolas Roland. Ces jeunes ont certes une habilité à se servir de certains outils. Mais ils ne savent pas toujours comment ils fonctionnent. Aujourd'hui, créer un site web peut se faire en utilisant une plateforme (WordPress, Wix, etc.). Avant, il fallait passer systématiquement par du codage HTML. Or, certains l'ont oublié. De même, ces compétences sont parfois limitées à un seul usage, en général récréatif. Ainsi, ces Natives savent poster une vidéo sur YouTube mais, quand ils arrivent à l'université, ils sont surpris de constater que la vidéo peut aussi être utilisée pour une leçon professorale... Donc, leurs savoirs ne s'étendent pas automatiquement à d'autres outils, logiciels, techniques ni, surtout, à d'autres usages –académique et professionnel, notamment.»

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