Pourquoi la facture électronique est restée en rade

Pourquoi la facture électronique est restée en rade

Les premiers textes de loi autorisant la facture électronique datent d'il y a quinze ans. Et pourtant, elle reste à ce jour... marginale. On le constate en analysant la dernière enquête de l'Agence pour la simplification administrative (ASA) sur le sujet. Sur l'ensemble des factures B2B (d'entreprise à entreprise) envoyées, 35% sont sous la forme de papier, 42,4% d'e-mail avec un document PDF, 14,2% d'e-mail avec un lien renvoyant vers un portail où trouver la facture, et enfin 8,4% seulement de fichier électronique structuré.

La «vraie» e-facture, c’est quoi ?

L'e-mail avec un PDF est en réalité une «fausse» facture électronique. En effet, le PDF ne peut pas être utilisé dans les logiciels comptables. Il faut, au préalable, le passer dans un logiciel OCR de reconnaissance optique de caractères. Tous les chiffres importants -date, numéro de TVA de l'émetteur, montants, TVA, etc.- sont alors transformés en données exploitables. Quand la facture est longue et/ou complexe, le comptable doit encore s'assurer que cette saisie a été correcte. Une opération humaine est donc encore nécessaire.

Avec le fichier électronique structuré, toute la chaîne de la comptabilité devient numérique. Les tâches d'encodage sont supprimées ; les risques d'erreur sont réduits ; le paiement est accéléré. En fait, seules les grandes sociétés utilisent entre elles cette «vraie» e-facture. La pièce passe alors de logiciel de gestion à logiciel comptable. Les PME et les indépendants, eux, en sont majoritairement restés au papier ou à l'e-mail avec PDF. Or, ils constituent 99,8% des entreprises...

«Un paysage hybride»

Pourquoi la révolution digitale ne les a pas (encore) touchés ? D'abord parce qu'ils n'y voient pas d'intérêt. Passer à l'e-facture signifie consacrer du temps, changer ses habitudes, investir... Tout cela alors que le PDF par e-mail est simple et quasi gratuit. Idéal quand on émet peu de factures. Ensuite, parce qu'au fil du temps, plusieurs formats électroniques se sont succédés : EDI, UBL, E-FFF, PEPPOL... Cela n'a pas facilité les choses. Car pour qu'une généralisation se produise, il faut qu'émetteur et récepteur utilisent le même langage. Récent, le modèle européen PEPPOL (qui est aussi un réseau) a le vent en poupe.

«Aujourd'hui, on navigue dans un paysage hybride, conclut Marc Van Thournout, comptable-fiscaliste IPCF, fondateur de la fiduciaire Logistica et spécialiste de la question. Des opérations sont restées manuelles et d'autres sont devenues numériques. De même, une foule de solutions différentes se côtoient en ce qui concerne le tout-numérique. Il est impossible de savoir laquelle va, au final, émerger. Cette profusion prouve que les choses s'accélèrent et que, cette fois, l'e-facture va prendre un vrai départ... Quant au comptable, il va disposer de plus de temps pour dispenser des conseils.»

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