L’avocate-entrepreneuse ou l’art de dépoussiérer la toge

L’avocate-entrepreneuse ou l’art de dépoussiérer la toge

L’âme d’une plaideuse depuis les bancs de l’école, Alexiane Wyns a suivi un parcours plutôt classique. Après une formation en droit international et des affaires à l’UCL, elle intègre successivement deux cabinets d’avocats et se spécialise en droit des sociétés. Mais un je-ne-sais-quoi l’empêche de se reconnaître dans sa pratique juridique quotidienne. Les journées interminables et l’aspect hermétique du métier n’y sont pas étrangers…

Entrepreneuse et digital native, elle décide de faire confiance à son instinct et de concrétiser son approche de la profession. En peu de temps, elle s’installe à son compte et lance avec succès un blog et une chaine YouTube pour conseiller et aider les PME. Lauréate du Prix de l’Innovation 2017 de l’incubateur d’Avocats.be, Alexiane Wyns prouve qu’on peut agir différemment… et réussir à se faire une place !  »

Entre vos premiers pas professionnels et votre vision de la vie, qu’est-ce qui ne collait pas ?

«  Je ne m’identifiais pas à l’image que l’on se fait des avocats : le client ne comprend pas grand-chose et ne sait pas trop pourquoi il paie… mais il est convaincu de payer cher ! C’est évidemment caricatural, mais notre métier manque d’une dimension pédagogique et d’un réel sens du service. Je ne trouvais pas ce « service client » qui me tient à cœur, certainement issu de ma grande expérience d’étudiante chez Pizza Hut (rires).

Plus sérieusement, les clients ne peuvent pas se résumer à un numéro de dossier. L’aspect humain est crucial, mais la vérité c’est que je n’avais pas le temps au sein des cabinets dans lesquels j’exerçais… Une autre question m’a rapidement interpellée : le fait que bon nombre d’avocates finissent, tôt ou tard, par mettre leur carrière entre parenthèses. En tant que femme, je ne veux pas devoir un jour choisir entre ma vie de famille et ma profession, qui est aussi une passion.  »

Vous vous lancez alors à votre compte : quel a été l’élément déclencheur ?

«  Je mûrissais la réflexion depuis le début de ma carrière… J’avais l’ambition d’exercer en respectant mes principes. Les choses se sont accélérées après plusieurs événements privés et professionnels. En aidant mon compagnon pendant la création de sa boîte, j’ai compris que les entrepreneurs ont un réel besoin d’accompagnement et de conseils clairs. J’ai donc décidé de voler de mes propres ailes et je me suis installée dans un espace de co-working, entourée d’entrepreneurs. Inspirée par leurs outils, méthodes et concepts, le digital m’apparaissait vraiment incontournable…

Après quelques workshops live donnés aux membres, je me suis demandée comment toucher un public plus large, tout en y consacrant moins de temps. Ma chaine YouTube était née ! Le livre de Tim Ferriss, « La semaine de 4 heures » (ndlr tiens, tiens !) a aussi été une belle source d’inspiration dans mon cheminement. Même si certains confrères m’ont ri au nez lorsque j’en parlais, je suis modestement la preuve qu’on peut agir autrement… »

C’est-à-dire ?

«  Depuis que j’ai créé mon cabinet : je travaille deux fois moins et je gagne plus ! J’ai dégagé du temps pour d’autres activités : continuer à me former, digitaliser mes processus, aguerrir mon esprit entrepreneurial, rencontrer des personnes inspirantes ou encore écrire un livre. Mes soirées et mes week-ends ? Libres !

Tout cela en pratiquant le métier en accord avec mes idées, c’est-à-dire placer mes clients entrepreneurs au centre, les écouter, les accompagner personnellement et les aider à développer leurs projets. Comme ils me connaissent à travers mes vidéos, ils arrivent généralement en confiance et le courant passe encore mieux.  »

Alexiane Wyns, l’avocate du web

Un conseil pour les plus jeunes ?

«  Osez croire en soi et en ses projets ! Suivre ses intuitions et ses rêves sans demander la permission de faire autrement, car les autres ont tendance à fixer des limites… leurs propres limites. Lorsque j’ai lancé ma chaine YouTube, certains confrères m’ont dit : « J’avais en tête de faire la même chose ! », mais ils ne l’ont pas fait pour telle ou telle raison. Pourquoi ne le font-ils pas malgré tout ? Il y a de place pour tout le monde, à condition de s’en donner les moyens.  »

Après être devenue l’avocate du web, serez-vous une pionnière de la « plaidoirie nomade » ?

«  Plaider depuis l’autre bout de la planète ? Avec le progrès technologique, qui sait (rires)… Une chose me semble certaine : il existe d’autres moyens d’exercer notre beau métier, notamment en s’adaptant à notre époque.  »

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