Lancer son entreprise en mode coopératif

Lancer son entreprise en mode coopératif

Rencontre avec Flora Kocovski, directrice de la Sowecsom, qui suit le secteur coopératif depuis de nombreuses années.

Le modèle coopératif, un modèle d’avenir ?

Nous en sommes en tout cas plus que jamais convaincus. Il est vrai que le modèle vivotait un peu, mais depuis quelques années, on sent vraiment un élan positif vers cette forme d’entrepreneuriat. Nous avons mené une étude fin 2017. Il en est ressorti que 2 Wallons sur 5 rêvent de se lancer dans un projet d’entrepreneuriat et dans 50% des cas, il s’agit d’un projet à plusieurs. Et un élément qui nous a encore plus marqué, c’est que parmi ces Wallons co-entrepreneurs, on retrouve beaucoup de jeunes de 22 à 25 qui rêvent de se lancer, qui rêvent d’autonomie et de réussite, mais qui rêvent aussi d’un projet à taille humaine, un projet avec du sens et pas uniquement une course vers le profit individuel!

Pourquoi selon vous cet engouement ?

Essentiellement deux facteurs selon moi : la crise de 2008 qui a montré que le système économique dysfonctionne et atteint ses limites, avec une course effrénée vers toujours plus de profit, de croissance … En réaction, beaucoup ont cherché une autre voie, pas une voie utopiste ou idéaliste, mais simplement une voie vers un autre modèle économique plus réaliste, plus humain, plus durable… Cette aspiration à un autre modèle a très bien été illustrée en 2015, par le film « Demain » de Mélanie Laurent & Cyril Dion.

2015, l’année du lancement de la mesure Brasero, pas un hasard ?

En effet, en 2015, la Région wallonne, via la Sowecsom a lancé la mesure Brasero pour soutenir spécifiquement ce mode d’entrepreneuriat. Les résultats sont aujourd’hui significatifs : plus de 5 millions investis dans près de 50 coopératives. (La mesure génère en plus un effet de levier relativement important, permettant aux entreprises de mobiliser des capitaux auprès d’investisseurs privés, notamment des citoyens, ou d’autres partenaires financiers, par exemple des banques.)

La coopérative n’est pas le seul modèle ou véhicule juridique permettant d’aller vers une économie plus durable et plus humaine ?

En effet, et le coopératif n’a pas de prétention en ce sens. Cependant, c’est un modèle d’entrepreneuriat qui s’y prête particulièrement bien. Il implique et fédère des gens qui recherchent un impact, souvent à dimension locale. Ce sont des groupes qui partagent la même ambition et des valeurs communes. On y retrouve un vivier de compétences souvent complémentaires qui permet de lancer le projet beaucoup plus efficacement. Il nécessite en plus une vraie coopération entre les personnes avec un fonctionnement très démocratique, très participatif. C’est vraiment un modèle qui place l’humain au centre de l’entreprise !

Profit, bénéfice, chiffres d’affaires, qu’en est-il dans l’entrepreneuriat coopératif ?

Dans l’esprit de beaucoup, on associe souvent le coopératif à une économie « pauvre », idéaliste, bénévole… mais dans les faits, c’est toute autre chose : les coopératives sont avant tout des entreprises, du co-entrepreneuriat. Il faut un business plan, des investissements, des administrateurs, des clients, du marketing… et dans tous ces aspects, le coopératif présente des avantages. Par exemple, vos coopérateurs sont souvent vos meilleurs vendeurs. Le financement est participatif et donc plus ouvert…

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