Un droit à la déconnexion ou presque

Un droit à la déconnexion ou presque

Avec près de 30.000 burn-out l’an dernier, la Belgique devait réagir. Fin mars, un premier pas a été fait. Le fédéral a légiféré. Les employeurs sont invités à organiser la concertation au sein de leur société au sujet du droit à la déconnexion. D’après Laurent Taskin, professeur à la Louvain School of Management, “on se rend bien compte qu’une partie des épuisements professionnels, des maladies de longue durée, peuvent être liées au fait que, à certains moments, le travailleur se sente pourchasser en permanence, poursuivi par son travail, et que lui-même fait en sorte d’être toujours connecté. Parce que c’est ça : la connexion permanente fait qu’on guette et que dès qu’on reçoit, on se contraint à répondre parce qu’on pense que c’est attendu ”.

Une obligation de... discuter

Il en va dès lors de l’intérêt des travailleurs, mais aussi des entreprises de veiller à ce que la vie professionnelle n’envahisse pas la sphère privée. C’est bien connu, un travailleur heureux est un travailleur plus productif et moins absent. Chez Solvay par exemple, une charte a été mise en place. Elle liste les bons usages à respecter notamment en matière d’utilisation des e-mails. “ Tout n’est pas appliqué à la lettre mais c’est un document de référence. Le fait que la charte soit rendue publique en fait un référentiel que l’employé peut opposer à son manager “, insiste Patrick Marichal, DRH du groupe pour le Benelux. Aucune sanction prévue en revanche en cas de non-respect des consignes, ni dans la charte de Solvay, ni dans la loi de relance économique votée en mars dernier. Contrairement à ce qui se fait en France, cette loi n’oblige pas les employeurs en Belgique à respecter un droit à la déconnexion en dehors des heures de travail. Elle ne fait que les contraindre à discuter d’un tel droit avec les syndicats.


Conférence TED de Jason Fried

Serveurs coupés

Il n’empêche, des entreprises ont déjà décidé de prendre le taureau par les cornes. Ainsi, chez Lidl, sauf exception, plus aucun e-mail n’arrive dans les boîtes professionnelles entre 18 heures et 7 heures du matin. Une méthode indispensable pour certains avocats et psychologues du travail, mais regrettable pour Laurent Taskin : “ c’est, selon moi, passer à côté d’une vraie opportunité de discuter de ces usages. Premièrement, de se rendre compte de la diversité des usages qu’il y a dans une organisation, et deuxièmement, de responsabiliser chacun et chacune en construisant des règles de bon usage collectivement ”.

Un avis partagé par le DRH de Solvay, opposé à toute forme de contrainte dans la mise en place d’un droit à la déconnexion, que celle-ci vienne de la direction ou du gouvernement. “ Je ne crois pas aux mesures coercitives, c’est très simpliste “, explique-t-il. “ Déjà, on travaille au niveau international donc avec les décalages horaires, c’est compliqué. Mais en plus, c’est très paternaliste. Vous n’êtes pas capables de vous gérer vous-mêmes donc on va le faire à votre place. Et troisièmement, pour beaucoup de gens, notamment dans la jeune génération, ce n’est pas forcément ce qu’ils veulent. Ils veulent une répartition équilibrée entre travail et vie privée mais pas forcément la même pour tous. “

Va-t-on dès lors vers un modèle certes équilibré mais à la carte ? Une chose est sûre : une telle flexibilité ne devra pas interférer avec la vie des autres membres du groupe.

 

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