Innovation : l’avenir est dans la « rupture »

Innovation : l’avenir est dans la « rupture »

La thématique de la deep tech a le vent en poupe. Ce n’est pas pour rien si le WSL, l’incubateur wallon pour techno-entrepreneurs, a choisi de se recentrer sur cette innovation de rupture. Créée en 2000 par la Région wallonne, la structure est classée parmi les 15 meilleurs incubateurs au monde. Interview avec sa directrice, Agnès Flémal.

Qu’est-ce qui caractérise cette deep tech aujourd’hui ?

L'innovation de rupture, c'est une innovation qui vise à améliorer le modèle sociétal, qui va donc changer la vie, les modes de transports, la médecine, etc. Avant, on ne parlait que de technologies, le sociétal était un peu mis de côté. Maintenant, on voit, pour le climat par exemple, que ces deux mondes doivent s'accorder.

Quelles sont les difficultés pour se lancer dans la deep tech ?

Pour une start-up d’ingénieur, il faut souvent plus de moyens au départ que pour une société numérique. Ça prend aussi un peu de temps. Au WSL, la durée moyenne pour réussir et entrer dans une courbe de croissance, c’est 7 ans. Les entreprises sorties de chez nous qui ont une valorisation de plus de 20 millions d'euros, elles ont plus de 10 ans.


Benoît Sarazin - L'innovation de rupture pour les nuls

Quel est le potentiel dans ces domaines ?

Il y a du potentiel dans tout ce qui est santé, l'internet des objets, le vert. Mais si ça tombe, dans 3 ans, on dira autre chose. Il y a aussi une différence entre les technologies dont on parle et les business model qui fonctionnent. L'Internet des objets par exemple, c’est à la mode, mais très peu ont fait de l'argent avec jusqu’ici.

Pour les sociétés que nous suivons, nous avons un taux de survie à 5 ans de 85%. Mais ça ne veut rien dire. Ce qui est important, c'est d'avoir des boîtes qui font 20 ou 30 % de croissance tous les ans. Celles-là représentent entre un tiers et la moitié des sociétés donc on s'occupe en ce moment.

Justement, on reproche souvent aux start-up de ne pas grandir assez vite, de ne pas créer assez d’emplois. Qu’est-ce qui bloque ?

S'il y a le potentiel, le premier frein c'est le fondateur. Il faut qu'il veuille grandir. Il y a plein de dirigeants de start-up qui sont très contents avec 20 ou 30 personnes, parce qu’au-delà ce n'est plus la même vie, il faut faire rentrer des fonds d'investissement. Le deuxième blocage, ça peut être les actionnaires, qui ne veulent pas être dilués.

Ça avance bien cependant, parce qu'il commence à y avoir de plus en plus de fonds d'investissement, spécialisés dans la med tech ou l’énergie verte par exemple, qui misent sur la deep tech. Les fonds se sont très longtemps intéressés aux plateformes numériques mais ils commencent à se rendre compte que le taux de réussite est relativement bas et que ces modèles numériques sont très facilement copiables. Dans les technologies de rupture en revanche, il y a des brevets.

Comment se positionne la Wallonie sur cette innovation de rupture ?

On a des bons projets, des bons départements et des bonnes universités dans une série de technologies de ce type-là. Mais ça ne sert à rien d'arriver au bout du développement technologique s'il y a peu de clients dans le monde. Ce n'est pas parce que des gens s'intéressent à une publication sur Internet qu’ils vont acheter un produit, qui plus est qui n'est pas encore fini.

Donc on essaie de travailler avec les chercheurs le plus tôt possible pour les sensibiliser au marché. Eux avancent sur les étapes technologiques, donc l'idée, les prototypes labo, les prototypes fonctionnels, jusqu'à quelque chose qu'on peut fabriquer. Et nous, on travaille sur le customer readiness level, autrement dit la maturité du marché. Ça ne sert à rien de finaliser un prototype s'il n'y a pas au moins des clients que ça intéresse et qui veulent tester.

Qu’est-ce qui pourrait améliorer la situation ?

La problématique de la Wallonie, c'est le morcellement. On morcelle les moyens, on donne un petit peu à tout le monde. Il faut vraiment que la Wallonie arrête d'avoir une vision locale pour optimiser l'argent dépensé. Il faut toujours une masse critique. Pour un incubateur, il faut qu'il y ait une demande, qu'il y ait au moins 10 projets, 10 technologies, 10 équipes capables de travailler dessus.

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