J’aurais pas dû… « faire passer mon égo avant l’intérêt de mon entreprise »

Tout commence par un voyage de noces, il y a près de quinze ans : comme beaucoup de jeunes couples, Bruno et son épouse tombent amoureux de l’île des Dieux. Ils décident ensuite de tout quitter pour s’y installer avec l’idée d’ouvrir une sorte de chambre d’hôte de luxe, à leur goût, et vivre d’une autre façon.  

Un projet à succès 

Bruno quitte alors sa carrière dans le secteur du tourisme, du côté de la distribution, pour se lancer dans l’hôtellerie. Son réseau lui permet de développer rapidement un premier hôtel dans le sud de l’île, à une époque où Bali devient une destination à la mode. Sa « Villa Mathis », du nom de leur premier enfant, s’étend sur 10.000 mètres carré et comprend 4 villas et 18 chambres.  

Quelques années plus tard, le succès est là et Bruno se voit proposer de rejoindre la collection « Relais et Châteaux ». Une offre qu’il lui est impossible de refuser : « c’était comme un rêve. Il faut s’imaginer : on vend tout, on part au bout du monde, on n’est pas du métier, on se lance et puis, on se retrouve avec la plaque « Relais et châteaux » sur le mur de l’hôtel ! C’était une belle reconnaissance. »  

Le miroir aux alouettes 

Bruno réalise un peu plus tard, tout comme d’autres propriétaires qui avaient rejoint le réseau en Asie, que la stratégie de Relais et Châteaux n’est pas si évidente. La marque cherche d’abord à se faire connaître auprès d’une clientèle plus aisée de la région pour l’attirer ensuite vers le marché français ou européen. Et puis, il y a des conséquences sur son hôtel, sur la pression, sur les tarifs revus à la hausse et les exigences d’une nouvelle clientèle de standing.  

« Nous avons même reçu des vedettes de télévision mais je ne savais pas qui c’était car je ne regardais plus la télé française depuis longtemps. Les affaires se sont développées mais il y a eu des clients qui venaient chercher ce que Relais et Châteaux promet, mais qui ne correspond pas toujours à la réalité locale, avec quelques déceptions et plaintes. Nous n’avons pas de sommelier ni de voiturier et il n’y a pas de châteaux à Bali. »  

Retour à la réalité 

Bruno réalise alors que l’étiquette Relais et Châteaux est en train de dénaturer son produit. Il a fait fausse route mais il n’est pas le seul. Parmi les 40 établissements asiatiques embarqués dans l’aventure, d’autres voix mécontentes s’élèvent. Finalement, après une démission en chaîne, Bruno va créer avec eux un réseau propre, adapté aux pratiques et aux expériences locales de l’Asie.  

Sortir de Relais et Châteaux n’aura pourtant pas été simple. Il aura fallu reconquérir une clientèle plus large avec des prix plus attractifs, sur une île de Bali où la concurrence explose dans ce secteur. Mais la mésaventure l’a amené à rebondir et à en tirer des leçons : « j’ai été un peu ébloui par les lumières d’une marque internationale, par son aura, comme si l’étoile d’un restaurant. J’aurais dû essayer de mieux comprendre leur stratégie et voir si c’était en phase avec mon entreprise. »  

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