Créer sa société devient moins cher

Créer sa société devient moins cher

C’est donc l’un des effets les plus tangibles de la réforme du Code des sociétés, portée par le ministre de la Justice, Koen Geens (CD&V): dès ce 1er mai, pour créer une « SRL » (nouvelle forme, plus simple, de ce qu’il est donc désormais convenu d’appeler « l’ancienne SPRL »), il ne faudra plus déposer les fameux 6200 euros minimum, jusqu’à présent exigés pour la création d’une société. Objectif avoué de cette avancée, qualifiée pas trop modestement d’« historique » par certains: favoriser et faciliter la création de start-ups. Il suffira désormais à l’entrepreneur en herbe d’apporter le capital dont il estime avoir réellement besoin. Et tout est évidemment dans ce « besoin ». Car il serait bien entendu tentant, pour des kamikazes en herbe, de se lancer dans le grand bain de l’entrepreneuriat sans aucune assise financière stable ni aucun projet crédible.

De toute façon, réforme ou pas, un certain matelas financier reste indispensable au lancement d’une entreprise. Et à cet égard-là, la réforme du Code des sociétés est claire, et même plus restrictive qu’auparavant. En effet, l’entrepreneur devra établir lui-même une estimation très précise des revenus et dépenses de sa future entreprise. Et s’il ne dispose pas de suffisamment de fonds pour couvrir ses deux premières années d’activité, il risque tout simplement de contacter… des dettes.

Par ailleurs, cet allègement relatif de la fiscalité ne signifie pas non plus que les banques se montreront plus légères quant à l’octroi de crédits. Au contraire, même. Puisque, en l’absence de mise de fond, elles scruteront encore le plan financier de plus près avant de prêter le moindre Euro. « De toute façon, souligne Febelfin, la Fédération belge du Secteur Financier, lorsqu’elles octroient des crédits, les banques examinent avant tout le business plan, les actifs et les dettes d’une entreprise au moment de la demande de crédit. Le capital de départ n’a jamais vraiment joué un rôle majeur dans l’évaluation d’un dossier de crédit », explique le CEO de l’institution Karel Van Eetvelt, relativisant du même coup l’impact possible de cette réforme.

Enfin, cette absence de mise de fond n’évitera en tout cas pas au nouvel entrepreneur d’avoir une bonne idée de business et la tête sur les épaules. C’est ainsi que d’autres choses, certes moins palpables, mais tout aussi fondamentales, pourront être apportées dans un SRL. Un associé pourra, par exemple, faire valoir qu’il amène un savoir-faire, une bonne idée ou même du temps de travail à la société nouvellement créée. Mais ces apports restent bien entendu très complexes à valoriser. Là, par contre, on navigue encore à vue quant à savoir comment s’y prendre pour mettre cette disposition en pratique.

Bilan: tout aussi louable qu’elle soit, cette nouveauté ne dispense pas les candidats-entrepreneurs de disposer d’un peu d’argent et d’une solide vision de leur futur business, les deux mamelles de l’entrepreneuriat. Et c’est finalement une très bonne chose pour éviter le miroir aux alouettes et le crash avant même d’avoir décollé.

 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous

Le choix de la rédaction
  1. Coronalert partage le même code source que sa consœur allemande.

    La Belgique dégaine l’appli Coronalert, le sésame de son déconfinement

  2. Une nouvelle tuile pour l’horeca bruxellois.

    Coronavirus: les chiffres s’envolent, de nouvelles restrictions annoncées

  3. USA-ELECTION_BATTLEGROUND-POLL

    Bienvenue à Trumpville et Biden City: reportages dans les pas des partisans des candidats à la présidentielle

La chronique
  • La chronique de Carta Academica: «Les femmes et le rejet de l’Autre»

    Actuellement, à travers toute l’Europe, on observe un durcissement politique : les partis qui prônent le repli identitaire ont le vent en poupe. Montée des nationalismes et communautarismes, fermeture des frontières, diminution de la sécurité – de la solidarité – sociale, rejet de l’étranger, refus de l’autre. Ceci est concomitant avec un discours « politiquement correct » d’inclusion, de lutte contre la discrimination, de refus du refus de l’autre.

    À cet égard, les combats en faveur de l’égalité entre hommes et femmes semblent singulièrement révélateurs, et les approches féministes particulièrement riches pour la réflexion. Pourquoi ? Parce que si l’on reconnaît que nos structures sociales ont été conçues par et pour des hommes (une situation historiquement avérée) et que, malgré des évolutions saluées et salvatrices, le masculin y est encore considéré comme l’universel et le supérieur...

    Lire la suite