“ Il faut oser revoir les codes de l’entrepreneuriat “

“ Il faut oser revoir les codes de l’entrepreneuriat “

Aujourd’hui les femmes représentent près d’un tiers des indépendants à Bruxelles. On peut se réjouir de ce chiffre en hausse. Mais il traduit malheureusement encore de grosses disparités. En moyenne, les indépendantes gagnent près de 30% de moins que les hommes. Et elles représentent seulement 12% des administrateurs/trices des sociétés de plus de 1000 employé(e)s.

La sphère entrepreneuriale reste donc encore faiblement occupée par les femmes. Or cela peut être un véritable levier d’émancipation. Pour cela, nous devons comprendre pourquoi le monde économique reste un champ peu investi par les femmes.

Une des réponses se trouve dans le constat que ce monde a été largement dominé (et même monopolisé) par les hommes depuis toujours. Les femmes doivent s’affranchir de cette domination pour investir une sphère qui a été construite sans elles.

Isabella Lenarduzzi, directrice de Jump, qui travaille beaucoup sur cette question de la domination masculine dans la sphère économique, a écrit : « lorsque l’on constate qu’au jeu de cartes bataille, le Roi vaut plus que la Reine, comment va-t-on réinventer les règles et les faire accepter aux autres pour être en conformité avec nos valeurs ? ». C’est en effet là tout l’enjeu. Il faut oser revoir les codes et la culture de l’entrepreneuriat.

Les codes, très masculins

En tant que CEO de l’Agence bruxelloise pour l’Accompagnement de l’Entreprise, en tant que femme de moins de 40 ans et en tant que mère et belle-mère de 6 enfants, j’ai pu constater que le monde économique est codifié par des schémas masculins.

Le networking est un exemple de ces codes uni-genrés. Moments précieux durant lesquels on se vend et/ou on cherche à vendre. Primordial car les affaires sont avant tout la résultante de contacts humains. Mais ces échanges ont été construits sur base des codes masculins. Il s’agit de convaincre, se mettre en avant, tout en restant professionnel et diplomatique. Délicat lorsque l’on est une femme et en minorité. Pas facile de mettre ses atouts en avant sans avoir peur de ne pas être à la hauteur ou de se vendre de manière soi-disant inappropriée, alors que l’on nous a appris depuis des millénaires la discrétion absolue dans la sphère publique.

La culture, si peu féminine

J’emmène régulièrement les délégations d’entreprises bruxelloises en mission économique princière à l’étranger. Un peu moins d’un quart seulement sont composées de femmes. Pourquoi ? Ces échanges économiques de haut niveau, s’ils sont très précieux car source de très nombreux contrats et d’une relation pacifiée entre les Etats, restent éminemment empreints de culture masculine. Partir une semaine à l’étranger pour remplir son carnet d’adresses et vendre son produit reste difficile lorsque la charge mentale vous a appris, en même temps que le droit à travailler à temps plein, l’obligation de calculer le nombre d’heures disponibles pour s’occuper des enfants, faire du sport, organiser la vie de famille et la vie amoureuse. La culture de la vie économique obéit à une autre temporalité et s’adresse à des individus qui ne sont pas soumis aux mêmes contraintes.

Les leviers, porteurs de changement

Les pouvoirs publics ont un rôle à jouer pour faire évoluer la culture et les codes du monde économique. Et à ce niveau, les choses évoluent positivement. Il y a encore peu, on vantait la fibre entrepreneuriale, un trait de génie obtenu, paraît-il, par filiation plus que par mérite. Aujourd’hui, il est devenu de plus en plus rare – chez hub.brussels en tout cas – de croiser des entrepreneur(e)s né(e)s pour lustrer la plaque émaillée du nom de papa. L’entrepreneuriat n’est pas seulement affaire de succession ou de tradition. Bien au contraire, c’est aussi l’ascenseur des déshérité(e)s, des minoritaires et des femmes qui souhaitent s’émanciper professionnellement.

Nous ne devrions pas être prisonnières de ces millénaires de domination. Nous pouvons nous en affranchir, changer la culture et les codes pour proposer les nôtres. L’attitude conviviale sans la drague, le carriérisme sans la négligence de la sphère familiale, la mise en valeur de nos compétences sans la personnalisation des succès, la mesure du développement économique par l’impact sociétal et non pas seulement par l’augmentation du chiffre d’affaires et de la marge bénéficiaire.

Chez hub.brussels, composé d’un comité de direction paritaire, nous soutenons ce changement de paradigme. Car nous n’obtiendrons pas une participation pleine et entière de la gente féminine à la création de la richesse collective si nous ne travaillons pas sur la façon dont fonctionne le monde économique. Tout le monde en sortira gagnant.

 

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