La Belgique a-t-elle de quoi fabriquer des milliardaires ?

La Belgique a-t-elle de quoi fabriquer des milliardaires ?

En levant 100 millions de dollars fin février, la bruxelloise Collibra est devenue la première start-up belge (ou scale-up plutôt) à dépasser la barre du milliard de dollars de valorisation, et donc à entrer dans le cercle restreint des célèbres licornes. Pourtant, les success stories ne manquent pas en Belgique ou en Wallonie. Alors, pourquoi aussi peu de ces spécimens chez nous ?

L’affaire de quelques pays

Ces start-up milliardaires ne sont pas aussi rares que leur nom peut le laisser penser. D’après CB Insights, on en dénombre aujourd’hui plus de 340, sans compter celles qui sont sorties de la liste suite à une entrée en bourse. Mais si on y regarde de plus près, seuls quelques pays « produisent » beaucoup de ces licornes.

Sans surprise, c’est surtout aux États-Unis, terre de la Silicon Valley, et en Chine que sont basées plus des deux-tiers d’entre elles. En Europe, le phénomène est plus rare. Le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France tirent plus ou moins leur épingle du jeu. Pour les autres, la barre fatidique du milliard de dollars n’a jamais été franchi plus d’une fois. Aux Pays-Bas par exemple, elle n’a même jamais été franchie du tout. En tout cas, si l’on en croit les estimations, car rien n’oblige ces sociétés non cotées à faire état de leurs finances.

Un manque de moyens

La Belgique, comme les Pays-Bas d’ailleurs, est un petit pays. Quelle que soit la place laissée à l’entrepreneuriat, le nombre de licornes potentielles n’a donc aucune chance d’atteindre le même niveau qu’aux États-Unis, en Chine ou en Inde. Qui plus est, les moyens disponibles sont bien moindres. « La surface financière des investisseurs n'est pas aussi grande qu'ailleurs, qu’outre-Atlantique par exemple, où l'argent coule à flot », résume Éric Poskin, consultant en stratégie et communication d’entreprise.

Mais ce n’est pas tout selon lui, c’est aussi une affaire de mentalité : « vous trouvez des investisseurs facilement aux États-Unis, surtout si vous êtes adossé à une université parce que les anciens étudiants y sont très attachés. Quand ils gagnent de l'argent, ils le rendent en quelque sorte et ne s’en cachent pas. Quand vous allez dans un incubateur, sur le mur, il y a les noms de tous ceux qui ont investi ou donné. On a beaucoup moins ça ici en Belgique. »

Le cas Collibra

L’exemple de Collibra est éloquent. Son premier investisseur, c’est aux Pays-Bas que ce spécialiste de la gouvernance des données l’a trouvé. « Tous les investisseurs belges ont dit non », se souvient son CEO, Felix Van de Maele.

Et par la suite, le choix de soutiens britanniques et américains s’est imposé comme une évidence : « pour les entreprises qui sont à ce stade de développement-là, ce n’est probablement pas une bonne idée de lever de l’argent en Belgique. Si vous grandissez à l’international, ce que vous attendez de vos investisseurs, c’est un réseau et une expertise à l’international justement, aux États-Unis par exemple. »

C’est la logique qu’a suivie l’entreprise. Au point que CB Insights la considère désormais comme une « société américaine ». À tort évidemment, car ses fondateurs ont toujours choisi de garder la main... et le siège social en Belgique. Une fois n’est pas coutume si l’on en croit Éric Poskin : « le défaut qu'on a ici en Belgique, c'est ne jamais aller plus loin qu'un certain point. Dès qu'on voit que le projet porte, on le vend, on fait une plus-value. Aux États-Unis, on mène un projet jusqu'au bout. »

 

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