Comment se financer pour démarrer ? L’exemple de Collibra

Comment se financer pour démarrer ? L’exemple de Collibra

Elles ne sont que quelques centaines dans le monde et, depuis peu, l’une d’entre elles est belge. Elles, ce sont les licornes, les start-up ayant atteint une capitalisation d’au moins un milliard de dollars. C’est le cas de Collibra, une ancienne spin-off de la VUB devenue grande. Fondée en 2008 par 4 étudiants, elle a à nouveau levé 100 millions de dollars aux Etats-Unis, dépassant ainsi la barre fatidique du milliard. Un parcours financier sans précédent pour une société belge, retracé par son CEO, Felix Van de Maele.

Avez-vous eu des difficultés pour trouver du financement au moment de vous lancer ?

“Concrètement, la seule chose que nous avions c’était les quatre fondateurs et un business plan, rien d’autre. Pas de produit, pas de clients, pas de revenus. On ne pouvait vendre qu’un rêve, une opportunité. Nous avons levé de l’argent dès la première année mais, en 2008, le paysage des start-up était très différent. Et les banques ne nous auraient rien prêté, c’était beaucoup trop risqué.

On s’est donc concentré sur le capital d’amorçage. C’est le nom qu’on donne à une première levée de fonds pour se lancer mais il y avait peu de possibilités. Comme on était une spin-off de la VUB, on a pu bénéficier du fonds de l’université et on a aussi réussi à convaincre la Région de Bruxelles-Capitale d’investir.”

Combien avez-vous pu lever ?

“850.000 euros, ce qui est beaucoup sachant qu’on avait 25 ans et que c’était il y a 10 ans. C’est important de lever suffisamment parce qu’une start-up n’a pas la bonne idée dès le départ. Il faut tâtonner, ce qui prend un certain temps.

La première année, nous n’avons rien vendu donc nous avons dû pivoter, et cet argent nous a laissé le temps de le faire. C’est important de ne pas se retrouver sans argent avant d’avoir atteint l’étape suivante. Sachant que tout prend deux fois plus de temps que ce que vous aviez imaginé.”

Après 10 ans, vous êtes devenus la première licorne belge. Quelle a été l’étape la plus compliquée ?

“Nous avons fait 6 levées de fonds au total, une pour chaque étape importante. Après l’amorçage, l’étape suivante vise à créer une première version de votre produit et convaincre les premiers clients. Cela permet de montrer aux potentiels nouveaux investisseurs que votre idée tient la route, même s’il y a encore beaucoup de risques.

Pour nous c’était l’étape la plus compliquée parce que les gens ne comprenaient pas vraiment ce qu’on faisait. Il n’y avait pas encore de big data ou d’intelligence artificielle. Or, à ce moment-là, le rêve ne suffit plus, il faut montrer des résultats.”

Quelle leçon avez-vous tiré de cette étape difficile ?

“A plusieurs reprises, nous avons frôlé la faillite au moment de cette deuxième levée de fonds. Nous avions seulement l’équivalent de quelques semaines ou quelques mois de trésorerie sur notre compte. La grande leçon que j’ai tirée de ce round c’est qu’il faut éviter à tout prix de lever des fonds quand vous en avez absolument besoin, parce que vous êtes dans une très mauvaise position pour négocier.

On a finalement levé 1 million d’euros, qu’on a utilisé pour financer notre croissance très rapide. Avec la crise, les banques ont eu besoin de notre logiciel, ça nous a permis de devenir rentables.”

Une croissance très rapide justement, est-ce indispensable selon vous ?

“Lever du capital à risque ne convient pas à toutes les entreprises parce qu’à partir du moment où vous le faîtes, ce n’est plus vraiment votre entreprise. Le seul moyen pour ces investisseurs de récupérer leur argent, c’est de vendre leurs parts donc, à un moment ou à un autre, ils le font. Dans le meilleur des cas, c’est une IPO, c’est public. Mais c’est une acquisition. Vous savez que c’est le destin de l’entreprise puisque c’est dans l’intérêt de ces investisseurs. Il faut en être conscient.

L’autre chose, c’est que, vu le risque, ces investisseurs attendant un retour élevé sur investissement. Donc, vous êtes presque obligé de croître très vite. De toute façon, en tant qu’entreprise internationale de software, nous n’avions pas le choix pour survivre. Si vous êtes actif seulement en Belgique, en Allemagne, ou en France, une grande entreprise américaine va venir vous écraser. Dans le secteur du software, le modèle à succès c’est de tripler vos revenus chaque année au cours des trois premières années et de les doubler les deux suivantes. C’est ce qu’on a réussi à accomplir.”

Comment voyez-vous le financement futur de la société ?

“Récemment, nous avons réussi à lever presque 250 millions donc ça nous donne de quoi construire une entreprise solide et indépendante. L’entrée en bourse semblerait une étape logique dans le futur mais où et quand, nous ne le savons pas encore.”

 

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