Finance à impact : le secteur tente de se structurer

Finance à impact : le secteur tente de se structurer

Une étape de plus a été franchie cette semaine dans le développement de la finance à impact : la plateforme Solifin permet désormais à tout porteur d’un projet à visée sociale ou environnementale de solliciter du financement, non pas auprès d’un acteur de la finance, mais de treize, et bientôt plus puisque les candidats se bousculent au portillon.  

Initiée par les petits poucets du secteur, le Citizenfund puis d’autres, l’idée d’une telle plateforme a rapidement convaincu des acteurs de plus grande envergure, comme la banque Triodos. Interview croisée avec Alain Boribon, cofondateur du Citizenfund, et Sevan Holemans, Managing Director de Solifin.   

Alain Boribon, qu'est-ce qui vous a motivé à défendre l’idée d’une telle plateforme ? 

J’avoue, la première raison qui m’a poussé à imaginer ce projet, c’était de gagner en visibilité. Parce que de temps en temps, avec le Citizenfund, on a vraiment l’impression de faire de l’évangélisation. Donc je me suis dit, pour être plus visibles, participons à quelque chose qui nous dépasse. Cet objectif-là est atteint.  

L’initiative d’une telle plateforme ne pouvait venir que du plus petit des acteurs, qui n'a aucun problème à aller voir les Triodos et autres pour voir si ça peut éventuellement leur plaire. La première réunion a eu lieu il y a 1 an, c’est allé super vite. Il y a quand même pas mal de gens capables de mettre leur ego de côté pour aider les porteurs de projets sociaux, ou donner envie aux gens d’entreprendre tout en ayant un impact.  

Quel est le but au final ? Créer un fonds commun ? 

Alain Boribon – Non, il faut des solutions pour tout le monde. L’idée, c’est que chaque porteur de projet puisse trouver les financements qui lui conviennent le mieux. Il y a des projets où on va travailler seul, il y en a d’autres où on peut se compléter. Mais évidemment, je peux comprendre qu’une plateforme de crowdfunding solidaire par exemple ne souhaite pas travailler avec un concurrent direct. 

Sevan Holemans – A la base, le but était de faire une cartographie. Les entrepreneurs passent beaucoup de temps à chercher du financement au détriment d’autres choses. Sans compter qu’ils manquent souvent de compétences dans ce domaine. Le but est donc de leur faciliter la tâche. Mais l’idée évidemment, c’est aussi de faire collaborer les acteurs en favorisant le cofinancement. Beaucoup d’acteurs sont fébriles dans la prise de risque, surtout quand il s’agit de financement à impact. Lancer une entreprise peut dans ce cas prendre 5 à 6 ans. Le cofinancement rassure. 

Sevan Holemans, c’est facile de faire collaborer tous ces acteurs ? 

L’enjeu c’est évidemment d’aligner tout le monde. Sur la question du rendement financier par exemple, certains veulent juste préserver le capital alors que d’autres vont attendre des rendements similaires à ceux du marché. Certains vont aussi demander plus de garanties que d’autres. 

Des acteurs, comme Financité par exemple, ne veulent pas rentrer dans Solifin parce qu’ils veulent des limites plus strictes en matière de rendements ou d’écarts de salaires. C’est compréhensible, mais si nous voulons avoir de l’impact, il faut inclure un maximum de monde. Ce qui nous unit, c’est l’impact. 

Alain Boribon justement, vous n’avez pas peur de vous compromettre ? 

Il n’y a pas qu’une seule voie. Moi, je vais loin mais je suis prêt à embarquer tous ceux qui peuvent œuvrer de près ou de loin à un monde plus sensé, même s’il y a des divergences. Il vaut mieux travailler avec quelqu’un qui partage une bonne partie de votre vision, plutôt que de s’embarquer avec des gens qui sont sans foi ni loi.  

Alors, est-ce que je vais être en porte-à-faux avec ces gens-là ? Non, parce qu’ils essaient de faire des choses. Et puis, chez Citizenfund, on n’a pas encore faire la proof of concept, ce n’est pas sûr que nous allons encore durer des années.  

Est-il question d’inclure les fonds sociaux des grandes banques par exemple ? 

Alain Boribon – Pour l’instant, ce n’est pas du tout à l’ordre du jour. Pour que la plateforme voie le jour, il était nécessaire de trouver le plus petit dénominateur commun. Mais, ça a du sens selon moi de les inclure. Les fonds éthiques de BNP par exemple sont bien plus importants que l’entièreté des avoirs des acteurs du financement solidaire qui sont autour de la table. 

Sevan Holemans – Notre charte stipule qu’au moins 50% des investissements de la structure doivent être des investissements à impact. Donc, sauf s’il s’agit d’une entité légale distincte, c’est loin d’être le cas pour les fonds sociaux des grandes banques. Et puis, il y a déjà beaucoup de divergences entre les membres de Solifin. Ils ont besoin d’apprendre à se connaître, à se faire confiance. Il est beaucoup trop tôt pour imaginer d'inclure ces fonds.   

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