Ils ont quitté la banque pour lancer leur boîte de vélos

Ils ont quitté la banque pour lancer leur boîte de vélos

C’est en 2015 que Philippe Lefrancq et son partenaire Frédéric Mertens ont décidé de s’éloigner de la banque pour fonder Ahooga. En 4 ans, la société, qui produit et vend des vélos électriques nouvelle génération, a déjà remporté 6 prix, dont plusieurs hors de nos frontières. Histoire d’une reconversion réussie.

Philippe, qu’est-ce qui vous a poussé à quitter la banque pour vous lancer ?

Au total, j'ai fait 16 ans dans l'univers bancaire. J'ai commencé à la Bank of New York et, une fois que j'avais mis le pied dedans, c'était difficile d'en sortir. La seule solution, c'était de monter ma propre affaire.

Il y avait clairement dans mon ADN une volonté de faire quelque chose qui servait la société, et que je ne retrouvais pas dans l'univers bancaire. Sans cracher dans la soupe, parce que j'ai quand même vécu de très belles années dans cet univers-là. Donc c'est une sorte d'énergie, puisque le sens n'y était pas, couplée à l'approche de la crise de la quarantaine, qui a motivé le pas.

Est-ce que c’était un cheminement difficile ?

Je n’en étais pas à ma première tentative, j'avais eu des projets de court-métrage, d'édition numérique, donc le vaisseau manquait mais l'attitude et l'envie étaient là depuis longtemps. Et quand je travaillais dans les boîtes, j'avais une entière autonomie donc ça fonctionnait comme une boîte dans une boîte.

On était deux aussi au moment de se lancer donc il y a une énergie qu'on partage. Il y a des étapes dans la construction de l’entreprise qui ont été décisionnelles. On a réussi à faire ça, alors on peut passer à l'étape suivante. Donc la décision de démarrer, elle a été immédiate. La décision de lâcher tout le reste, elle s’est faite par étape, par validation de notre projet.

J’ai pu le faire en m'appuyant sur les interruptions de carrière, le temps partiel, etc. Ça vous permet quand même de garder un petit peu de sécurité, parce que quand on se lance, on n'a jamais la certitude que ça va marcher et qu'on va pouvoir en vivre.

Quel bilan après 4 ans ?

Je n'ai aucun regret, parce qu'on a accompli des choses qui font du sens, donc l'objectif principal a été rempli. On a encore beaucoup de choses à accomplir, on est dans un projet de ville heureuse donc il ne suffit pas de faire des vélos, il faut convaincre les gens de les utiliser au quotidien. À ce niveau-là, il y a encore énormément de travail à faire, puisqu’une mince partie de la population utilise son vélo au quotidien.

L'inconvénient, c'est que c'est un volume d'heures de travail par semaine complètement inhumain. La phase de démarrage dure quand même un petit temps. Là, l'entreprise a 4 ans, et la même énergie est toujours nécessaire au quotidien. Il y a le lancement, et puis quand vous êtes plus ou moins installé, vous n'êtes pas les seuls sur ce marché. Il faut pouvoir aller de l'avant.

Des difficultés dont il faut être conscient quand même ?

Il y a des surprises mais l'avantage de faire ça avec 16 ans d’expérience professionnelle derrière soi, c’est qu’on a déjà croisé pas mal de situations. Donc de ce côté-là, pas de mauvaises surprises.

Votre vie privée en prend un sacré coup, ça c'est indéniable. Mais il y a différentes étapes dans la création d'une entreprise. Plus votre entreprise grandit, plus il y a des gens autour de vous sur lesquels vous pouvez vous appuyer. Vous n'êtes plus le seul à tout devoir tirer en avant, avec une énergie incroyable. Financièrement aussi, c'est moins confortable. Pour que ça fonctionne, vous n'hésitez pas à ne pas vous payer pendant quelques mois. Mais, dans notre projet, il y avait clairement eu une réflexion sur le côté surconsommation, donc ça allait bien avec notre vision d'aller vers moins de consumérisme.

Un conseil pour ceux qui penseraient à suivre votre voie ?

Il faut avoir l'humilité de ne pas vouloir faire ça tout seul, et pour le choix de sa/son/ses partenaire(s), il faut passer du temps. C'est comme un mariage, il faut trouver la/les bonne(s) personne(s). Il faut de la complémentarité, parce que dans une petite boîte, on fait tout ce que vous retrouvez dans les différents départements d'une grande boîte. Il y a la compta, il y a les ressources humaines, il y a du développement, etc.

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