Cette coopérative veut convertir le secteur de la construction à l’économie circulaire

Cette coopérative veut convertir le secteur de la construction à l’économie circulaire

Des briques, des murs, de l’enduis... jusque-là, rien de très original dans le secteur de la construction. Sauf qu’ici, les matériaux ne sont pas de la terre cuite, du béton, ou du placo, mais de la terre crue. De la terre récupérée sur les nombreux chantiers bruxellois, du métro par exemple.  

Créée par 4 jeunes architectes, BC Materials s’inscrit en effet directement dans la logique de l’économie circulaire. « Dans le passé, notre cabinet d’architecture utilisait le terre crue ponctuellement, au gré des projets, explique Ken de Cooman, un des cofondateurs. Chaque fois, on devait louer les machines donc on a décidé de monter une coopérative de production des matériaux. » 

Du recyclage au zéro déchet 

Chaque année, 2 millions de tonnes de terres sont extraits dans la capitale pour creuser des parkings ou bâtir des fondations par exemple. Des « déchets » non pollués dans près de trois-quarts des cas. De nombreux tests l’ont prouvé. C'est de là, d’après le trentenaire, qu’est née l’idée de les réutiliser : « Avec la révolution industrielle, notre société a perdu la connaissance traditionnelle autour de la construction en terre crue. C’est compréhensible parce que les matériaux industriels étaient jusqu’ici plus performants, mais la terre crue fait très bien l’affaire dans de nombreux cas et, aujourd’hui, il faut aussi considérer le coût écologique d’un matériau. » 

Et le caractère « circulaire » ne s’arrête pas là. L’activité de BC Materials se veut aussi zéro déchet. Les matériaux qu’elle produit n’étant soumis à aucun traitement chimique, ils sont réutilisables à l’infini. Quant à l’usine de production en elle-même, elle est entièrement modulable et... déplaçable : « c’était la seule manière pour nous de faire de la production à Bruxelles. Un contrat de location, c’était trop cher. Pour une unité de production de la taille de la nôtre, une solution était d’utiliser un terrain vague en attente de construction, ce qui signifie qu’il faudra bouger dans quelques années. »  

Un autre modèle économique 

La jeune entreprise évolue aujourd’hui dans un marché de niche, celui du bio et du socialement responsable.  «  Le consommateur paie un peu plus cher, reconnaît Ken. Mais il sait que c’est pour soutenir un modèle économique différent. » Un modèle presque artisanal, peu automatisé, qui ne tire pas sa valeur d’une production à grande échelle mais plutôt du caractère local de ses ressources et de sa main d’œuvre. Avec un objectif affiché : convertir un maximum d’acteurs du secteur de la construction à l’économie circulaire. 

Ce n’est pas rien. À l’heure actuelle, une infime minorité des matériaux utilisés respectent les critères de circularité mais les 4 associés croient en leur projet : « à long terme, il y aura des changements politiques et économiques favorables. Il y a beaucoup de pression par exemple pour que les subsides européens aux producteurs de ciments soient reconsidérés. Et puis, à un moment, on va vraiment prendre en compte le coût écologique. Tout cela rendra les produits industriels plus chers. » 

En attendant, BC Materials multiplie les actions de sensibilisation auprès des institutions et les workshops avec les professionnels. Entre 500 et 1.000 personnes formées par an, parmi lesquelles des architectes, des entrepreneurs, etc. 

Des difficultés à surmonter 

Tout n’est pas si simple cependant. La coopérative, membre du cluster circlemade.brussels, a déjà dû faire face à plusieurs obstacles. Pas financiers pour une fois puisqu’elle a pu compter sur 180.000 euros de « subsides économie circulaire » de la part des Région bruxelloise et flamande. Plutôt des obstacles d’ordre réglementaire et administratif. 

La loi interdit par exemple d’exploiter des déchets. Or, une fois sortie des chantiers, c’est exactement ce que devient la terre extraite des sols. Il a donc fallu négocier avec les autorités pour trouver une solution.  « On a un contrat avec Bruxelles-Environnement qui a permis de requalifier exceptionnellement, après de nombreux tests, ces déchets en matières premières. Ça a pris du temps », précise l’architecte. 

Et ce n’est pas la seule chose qui a pris du temps. Car il a aussi fallu demander un permis pour installer l’unité de production amovible sur le grand terrain vague jouxtant Tour & Taxis. Un permis classique et donc bien long à obtenir pour une construction qui se veut temporaire. Mais finalement, n’est-ce pas sous la contrainte que naît l’innovation ? Si les loyers bruxellois n’avaient pas été trop exorbitants pour BC Materials, son site de production aurait juste ressemblé à tous les autres. Il aurait donc été « moins circulaire » ! 

 

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