Voitures partagées : quel impact sur la mobilité en ville ?

Voitures partagées : quel impact sur la mobilité en ville ?

Les sociétés d'autopartage se font multipliées dans les villes, mais pas toujours avec succès. La possession d'un véhicule propre reste encore bien ancré dans les mentalités, comme nous l'explique Xavier Tackoen, l'administrateur-délégué d’Espaces-Mobilités.

Les différents services de carsharing ont explosé en quelques années à Bruxelles. Cela a-t-il eu un impact sur la mobilité en ville ?  

Cela commence à avoir un impact. Est-ce qu’il est important ? Non. Cela commence dans certaines villes mais cela reste marginal comparé aux gens qui ont une voiture et qui pourraient très bien s’en affranchir car ils roulent très peu. On considère généralement que quand on fait moins de 10.000 kilomètres par an, c’est bien meilleur marché d’opter pour une voiture partagée, que ce soit en station-based ou free-floating. Les deux systèmes sont complémentaires et beaucoup d’utilisateurs utilisent plusieurs plateformes car l’usage est différent.  

Une étude indépendante estime que le carsharing remplace au moins trois voitures privées. C’est déjà bien ?  

C’est même une étude prudente, car le carsharing remplace jusqu’à 8 à 10 voitures particulières. On ne peut pas dire que cela n’a pas d’impact. C’est un outil très important en milieu dense où le stationnement est problématique. L’objectif est de « démotoriser » les ménages car une voiture reste garée 95% du temps, c’est la moyenne. On prend sa voiture pour aller au boulot, une petite course et puis elle ne bouge plus 23 heures sur 24. Il y a un énorme potentiel de report. Et ce n’est pas un problème d’offre, ZipCar (racheté par Poppy) et Ubeeqo ont dû stopper leurs activités. Mais comme dans tout en matière de mobilité, on n’apprend pas aux gens à utiliser ces services, à les expérimenter, à être convaincus par leur utilité. Il y a un déficit de persuasion.  

Pourquoi existe-t-il, ce défaut de persuasion ?  

Il y a une multitude d’obstacles qu’ils soient d’ordre financier ou technologique. Les gens savent que les voitures partagées existent mais ils n’arrivent pas à se projeter. Ils s’imaginent que c’est bien mais que c’est pour les autres. Quand les gens le testent vraiment et qu’ils voient l’efficacité du système, ils sont convaincus.  

Que faudrait-il pour les convaincre ?  

Aujourd’hui les villes font face à des choix cornéliens pour améliorer la mobilité et réaménager des espaces. De facto, la seule chose qu’on va pouvoir enlever, ce sont des espaces de stationnement. La pression va augmenter et c’est un incitant direct pour l’autopartage. La deuxième chose, c’est qu’on doit être dans une politique d’apprentissage qui favorise la mobilité. Il faut donner la possibilité de tester les voitures partagées, sans contrainte de test, de contrat à souscrire. Les gouvernements ont tout intérêt à le faire, comme les entreprises. Et enfin, la réglementation. L’instauration d’une low emission zone à Bruxelles va progressivement renouveler le parc automobile. Des gens vont se demander s’ils devront acheter une nouvelle voiture. Et l’autopartage pourra être une solution.  

 

Retrouvez-nous aussi sur la page Facebook de Génération Le Soir 

Sur le même sujet
Mobilité
 
À la Une du Soir.be
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous

Le choix de la rédaction
  1. La mort tragique de George Floyd, dont les manifestants scandent le nom - ici, en sit-in à Raleigh, en Caroline du Nord -, aura servi de catalyseur à une colère grandissante.

    Etats-Unis: un déferlement de violence, exutoire aux failles de la société

  2. Image=d-20200503-GG2DT2_high

    Certains Belges n’ont toujours pas reçu de masques

  3. d-20191022-3WU08Z 2020-02-14 13:30:22

    Evolution de la propagation du virus en Belgique: les hôpitaux se vident, surtout en Wallonie (infographies)

La chronique
  • Après la solidarité, le partage?

    Il est des débats dont personne ne sort gagnant. Ni l’objet, ni les participants, ni les intéressés. Des refrains qui deviennent des ritournelles. Le disque s’use, s’enraye, s’épuise, et finalement se reprend et repart. La ritournelle… Celle de la fusion des polices locales bruxelloises, après certains faits divers, pas tous, sans que l’on sache vraiment pourquoi parce que ni le manque de dialogue ni l’absence de concertation entre zones n’est une cause identifiée du problème… Celle de la négation ou mise sous tutelle d’une Région qui n’en serait pas vraiment une lorsque Bruxelles se fait trop complexe, trop encombrante, trop entreprenante dans une politique d’enseignement, de culture ou de petite enfance. Celle d’une ville morcelée entre des baronnies, aux nobles seigneurs (les bourgmestres), privilégiant leur once de pouvoir à l’efficacité de l’action publique.

    Celle d’une capitale qui mériterait bien peu son titre, parce qu’inhospitalière pour les autres habitant(e)s du Royaume que les sien(ne)s, ingrate envers celles et ceux qui, au-delà de ses frontières, la font vivre. Ces couplets-...

    Lire la suite

  • Un baromètre pour regarder la crise économique dans les yeux

    La double peine, c’est ce que nous inflige le Covid-19 : les morts d’abord, les destructions d’emploi en vue. Deux terribles factures qui s’enchaînent : à peine venons-nous de quitter le pic du nombre de décès, des contaminations et de la crise sanitaire que nous plongeons dans le pire de la crise économique.

    Si nos systèmes de santé ont été confrontés à une pandémie sans précédent inattendue, impréparée et inédite, notre système économique, lui, fait face au défi le plus lourd depuis la Seconde...

    Lire la suite