Quand un dentiste se prend au jeu de l’entrepreneuriat

Quand un dentiste se prend au jeu de l’entrepreneuriat

Dix-sept ans de pratique ont largement donné l’occasion à Laurent Coppens de constater la situation : la Belgique – en tout cas dans sa grande majorité - manque de plus en plus de praticiens dentaires. A 45 ans, soutenu par deux copains, il cède donc à l’appel de l’entrepreneuriat en créant Tooddoc, une application qui permet à n’importe qui de prendre rendez-vous en urgence avec un professionnel de santé.  

« Là où je vis, nous sommes 15.000 habitants pour 3 dentistes. Les solutions proposées par les pouvoirs publics prennent un temps fou, regrette-t-il. Ici, on voit qu’il y a un réel intérêt. Je reste persuadé que le privé et le public peuvent être vraiment complémentaires. » 

Un décollage prometteur 

Et les chiffres semblent bien lui donner raison. Quinze mois après son lancement, plus que 50.000 patients ont déjà fait appel à Tooddoc, qui ne couvre plus une mais dix spécialités médicales. 4.200 praticiens au total, du dentiste au psychiatre, en passant par le gynécologue, le généraliste ou encore le dermatologue.  

« Le réflexe c’est d’aller aux urgences mais les urgences sont faites pour des urgences vitales. Faire en sorte qu’elles soient débordées pour de la bobologie, c’est un non-sens économique. Une étude française prouve qu’une admission aux urgences représente un coût global pour la société de 160 euros, alors qu’une urgence prise en charge dans un cabinet de généraliste coûte 27 euros. » 

Un concept win-win 

Les contribuables et les patients ne sont pas les seuls gagnants cependant. Pour les praticiens, c’est un moyen facile – l'application est directement synchronisée avec leurs agendas électroniques - de combler les rendez-vous restés vacants ou annulés. Et ce, sans avoir à en passer par le téléphone. Cerise sur le gâteau : personne ne débourse un centime.  

Tooddoc fonctionne jusqu’ici grâce aux 100.000 euros de capital apportés par l’accélérateur de startups Digital Attraxion. Quant à l’avenir, il reposera sur des partenariats avec les acteurs qui gravitent autour du secteur de la santé, comme les mutuelles, les assurances, etc. « Il n’y a pas de secret, si on veut continuer, on est obligé de prouver qu’il y a un intérêt financier. Mais sans matraquer les utilisateurs de publicités, promet le fondateur. Ces acteurs y gagnent surtout en termes d’image. » 

Un apprentissage quotidien 

Laurent, lui, il y gagne en termes de satisfaction personnelle. D’œuvrer au bien de la collectivité évidemment, mais aussi de relever un certain nombre de défis. Le cursus de dentisterie ne prépare pas au fait de devoir se vendre, et encore moins au fait de devoir lever des fonds. L’apprentissage se fait donc au quotidien. 

« J’ai eu la chance de tomber sur les bonnes personnes, qui m’ont aidé pour le marketing, la communication, l’informatique, et qui ont été complémentaires. Par exemple, maintenant, j’utilise Slack (plateforme de messagerie instantanée, ndlr). Il y a un univers digital qui permet de se lancer avec des moyens relativement faibles. Pour l’instant, on n’a dépensé que quelques dizaines de milliers d’euros sur les 100.000. » 

Revers de la médaille : les journées se sont largement rallongées, ou en tout cas densifier. Mais pour le dentiste, l’excitation suscitée par une telle aventure en vaut largement la peine : « chaque jour a des surprises, bonnes ou mauvaises, mais c’est une passion. Il n’y a rien de plus chouette que d’inventer quelque chose, de partir du constat d’un problème et de remuer son cerveau pour trouver une solution. Et ça permet aussi de rencontrer plein de monde de plein de secteurs différents, parce que le secteur médical est quand même assez fermé. » 

Tooddoc est désormais portée par toute une équipe. Pas question donc pour Laurent de laisser tomber son cabinet. Il va juste devoir réduire un peu le nombre de ses consultations, d’autant que la prochaine aventure pourrait bientôt l’amener à travailler avec l’étranger. « On a un contact français très sérieux avec un acteur de la santé qui se montre très intéressé. On va sûrement bosser avec eux », conclut-il avec l’enthousiasme d’un tout jeune entrepreneur.  

Sur le même sujet
Starter
 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous

Le choix de la rédaction
  1. d-20201116-GJXCV1 2021-02-11 12_26_23

    Coronavirus: dans les hôpitaux, la hausse brutale des entrées est une réalité

  2. L’annonce qui a suivi le Codeco rimait avec espoirs déçus.

    Comité de concertation: avec la peur d'une troisième vague, tout espoir est reporté

  3. Hospis

    Coronavirus: un pic à 204 admissions en un jour a calmé toutes les ardeurs

La chronique
  • La chronique de Carta Academica: «Digestion troublée du «Festin de Babette», œuvre essentielle»

    Hier soir, j’ai regardé Le Festin de Babette, un film réalisé en 1987 par Gabriel Axel dans lequel Stéphane Audran incarne Babette, une Française s’étant réfugiée au Danemark dans le courant de l’année 1871. Cette année-là, en effet, Paris est le théâtre d’une répression féroce menée par le gouvernement d’Adolphe Thiers, qui massacre impitoyablement les révolutionnaires de la Commune autant que ses plus vagues sympathisants. Babette, dont le fils et le mari ont été fusillés par un général de l’armée française, s’échappe du bain de sang et trouve asile chez deux sœurs danoises, des vieilles filles profondément religieuses à la tête d’un culte luthérien hérité de leur défunt père. Ces dernières offrent à la Parisienne une position de cuisinière et, dans la foulée, lui apprennent à préparer les quelques plats frugaux attendus à leur table d’ascètes. Les années passent et Babette, bien installée dans la petite communauté danoise, ne paraît plus entretenir d’autres liens avec sa patrie d’origine...

    Lire la suite

  • Tout ça pour ça…

    La réalité est désagréable, la réalité est épouvantable, la réalité est difficilement supportable. On voyait le soleil par la fenêtre, on sentait le goût du dehors et nous voilà de retour à la case « hôpitaux menacés de saturation », avec tous les mots de la « coronavlangue » en prime : troisième vague, exponentielle, courage, prudence, sécurité. On pensait être au bout du chemin et pour la ixième fois, voilà la liberté repoussée à plus tard. Dans une semaine ?

    ...

    Lire la suite