Peut-on vraiment savoir si un investissement est durable ?

Peut-on vraiment savoir si un investissement est durable ?

La question de la durabilité n’a jamais occupé autant les esprits, y compris dans la sphère financière. L’éthique gagne en importance aux yeux des investisseurs. Au point que les critères « classiques » d’évaluation d’une entreprise, comme les ratios financiers, perdent du terrain au profit d’autres indicateurs. 

Des indicateurs que les banques et autres fonds d’investissement n’ont plus d’autre choix que de prendre en compte désormais dans leur analyse. « Nos clients demandent de plus en plus que les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) soient intégrés dans leurs portefeuilles », explique Jessica Ground, Directrice mondiale du Stewardship chez Schroders. 

Les critères ESG en pratique 

Comme leur appellation l’indique, les critères ESG vise à évaluer la valeur des entreprises dans trois domaines : 

  • leur impact environnemental : à quel point elles polluent, recyclent ou protègent la biodiversité ; 
  • leur impact social sur leurs travailleurs, leurs clients, ou encore les communautés environnantes ; 
  • leur bonne gouvernance : à quel point leurs équipes dirigeantes se montrent transparentes et vertueuses.  

« Avec la mondialisation des chaînes d’approvisionnement, il est de plus en plus difficile d’avoir une idée précise de la localisation des fournisseurs des entreprises dans lesquelles nous investissons, précise Sonia Fasolo, gérante des Investissements socialement responsables (ISR) à La Financière de l’Échiquier. Une bonne partie du travail d’analyse des critères ESG est consacrée à la compréhension des risques qui peuvent se cacher dans les chaînes d’approvisionnement. » 

Mais, car il y a un « mais »... 

Si les volumes d’investissements durables vendus par les banques augmentent de manière exponentielle, ils restent toujours largement minoritaires dans l’ensemble des investissements. Surtout, comme le souligne une étude allemande de l’Institut Flossbach von Storch, difficile d’y voir clair pour les investisseurs. « Alors qu’il y a un certain consensus sur la pertinence des questions environnementales, sociales et de gouvernance, il est loin d’y en avoir un sur la manière de mesurer la performance d’une entreprise en termes de durabilité », insiste son auteur, Kai Lehmann. 

Résultat, les labels et les classifications se multiplient, chacun définissant plus ou moins ses propres critères. Là où certains choisiront d’exclure purement et simplement certaines activités de leurs produits « durables », d’autres préfèreront recourir à des seuils par exemple. « Devant à la multiplication des systèmes de notation et de reconnaissance, le risque est de créer une confusion dans le chef du souscripteur, de la société civile et des pouvoirs publics », regrettait déjà Financité il y a plusieurs années.  

A chacun son évaluation 

C’est dans cette brèche que se sont faufilé des agences de notation d’un nouveau genre, censées aiguiller le choix des investisseurs. Des agences dont l’objet n’est pas de noter les entreprises et les fonds selon leur santé financière, comme le font Fitch, Moody’s ou Standard & Poor’s, mais plutôt selon les critères ESG.  

Reste que, là aussi, l’hétérogénéité des points de vue domine. En témoigne le schéma ci-dessous, représentant les notes attribuées par trois agences différentes à quatre sociétés d’un secteur particulièrement soumis à la critique, le secteur automobile. 

Investissements durables

« Les critères ESG sont toujours, d’une certaine manière, subjectifs. Même si la mesure de la performance est réalisée selon la même méthodologie, les résultats dépendent toujours de celui qui l’a faite, surtout lorsque cette mesure s'est faite via des interviews », conclut Kai Lehmann. Il va donc falloir se renseigner et exercer son esprit critique...

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