Le choc des générations face au travail : "Millenials" versus "Babyboomers"

Le choc des générations face au travail : "Millenials" versus "Babyboomers"

Ils rêvaient d'un autre monde... ... mais c'est malheureusement bien avec celui-ci qu'il doivent composer, ces Millenials. Les réalités politiques, économiques, écologiques d'aujourd'hui sont à mille lieues de ce que les Babyboomers ont pu connaître.

Venir au monde après la Guerre, c'était un peu comme être le premier blé au milieu d'un nouveau champ fraîchement retourné : tout reste à faire, l'avenir est à construire, le pire est derrière. L'économie se reconstruit et le travail est la clé. La génération Y, par contre, une fois devenue adulte, doit composer avec le monde que les industriels et entrepreneurs précédents lui ont laissé : la planète tousse, les séquelles de la crise financière de 2008 sont douloureuses, la digitalisation hyper mal anticipée dépasse toutes les organisations, et les idées des extrêmes à travers le monde semblent avoir déjà oublié les horreurs qui ont traumatisé leurs parents.

Conséquences : il faut s'adapter, revoir ses objectifs et ses priorités. Et donc développer un nouveau rapport au travail. Joël Poilvache, directeur de Robert Half, bureau de recrutement spécialisé, constate. « Ces 30 dernières années, le rapport au travail a beaucoup évolué. L'un des grands changements concerne la mobilité d'emploi : elle est devenue plus rapide, plus fréquente. Il y a, en effet, une loyauté moins forte des jeunes travailleurs envers l'entreprise et l'employeurs que dans le passé. Un constat qui n'est certainement pas indépendant à l'évolution des emplois plus fragiles, notamment sous les statuts d'indépendant, de free-lance, d'intérimaire. Je crois aussi que les générations qui arrivent aujourd'hui sur le marché du travail sont des générations qui ont beaucoup plus besoin de valeurs, de trouver du sens à ce qu'elles font. »

 

Donner quand on reçoit

Le côté mécanique des carrières comme les ont connues les décennies précédentes n'intéresse pas la génération Y, qui a donc tendance à décrocher et à changer de travail si elle ne trouve pas de réponse à une certaine quête de sens et de repères. Un caprice ? Pas vraiment. Et au fond : la faute à qui ? Les Baby-Boomers ont connu les durs labeurs, le besoin de laisser sang et sueur au sein de son entreprise, pour la collectivité, certes. Mais c'était en échange de belles évolutions de carrière, de salaires indexés, de crédits hypothécaires sans angoisse, de retraites confortables, d'un contrat à durée indéterminée quasiment increvable. Bref : c'était une relation de win-win qui justifiait, dans un certains sens, que les travailleurs sacrifient presque tout pour leur sainte carrière. Mais aujourd'hui, que reste-t-il ? « Il est vrai que, en ce qui concerne le filet de sécurité des entreprises, les mailles deviennent de plus en plus larges. Plusieurs choses évoluent et changent, comme la durée des préavis : la gestion a changé pour devenir plus fluide. Donc, oui, certaines choses font que l'entreprise offre, malgré tout, moins de sécurité à l'employé. Ce qui s'explique notamment par le fait que des entreprises sont de plus en plus confrontées à des situations à court-terme, menacées par la rapidité des changements économiques d'aujourd'hui, ce qui rend les positions financières des entreprises beaucoup moins fortes qu'avant. » Alors à défaut d'attendre une carotte au bout du bâton qui n'arrivera plus, les Millenials choisissent aujourd'hui d'accorder plus de place à la vie, la vraie, et se laissent plus facilement séduire par un bon équilibre vie professionnelle-vie privée, que par un gros salaire. On préfère s'enrichir d'amis et de voyages, que d'argent qu'on ne pourra de toute manière pas placer facilement.

 

Plus jeunes, plus courageux ?

Dans un monde où plus rien n'est certain, on ne se repose plus sur des promesses, mais on ose aussi plus de risques. Et c'est là que les traditionnels accros à la carrière de papa se trompent : la génération Y n'est en rien paresseuse, au contraire. Elle prend plus de risques et est prête à travailler très dur, à condition que ça ait du sens.

« Il y a malgré tout aussi un esprit d'entreprise chez les plus jeunes travailleurs. Ils ont de plus en plus envie de bosser comme indépendants, ou de rejoindre une petite start-up en laquelle ils croient. Je pense qu'avec internet, notamment, ils ont développé des outils qui permettent d'aller plus vite. Aujourd'hui, il est devenu possible, avec une bonne communication, un site web, une application bien pensée, de monter une entreprise. Les frais de lancement sont nettement moins importants, ce qui rend aussi la prise de risque plus facile. Ce sont d'ailleurs de nouvelles façons de travailler qui dynamisent beaucoup l'économie », conclut Joël Poilvache.

 
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