Pierre Rion : « Il faut spécialiser les incubateurs »

Pierre Rion : « Il faut spécialiser les incubateurs »

Ils sont à la mode depuis plusieurs années, les incubateurs de start-ups fleurissent aux quatre coins de la Wallonie. « Au dernier recensement que nous avons fait, nous avons identifié pas moins d’une centaine de mécanismes de soutien aux start-ups dans le Sud du pays », affirme Pierre Rion, président du Conseil du numérique (CdN).

Un foisonnement qui s’est intensifié au cours des dernières années écoulées, non sans certains effets indésirables. « Les incubateurs se sont tellement multipliés que nous sommes aujourd’hui face à un paysage wallon complètement illisible. Il ne se passe pas une semaine sans que j’ai quelqu’un qui vienne me trouver pour savoir à qui il doit s’adresser. Les porteurs de projets ne savent plus à quel saint se vouer », estime Pierre Rion.

Des améliorations constatées

Dans le brouillard des incubateurs wallons, le président du Conseil du numérique reconnait toutefois l’existence de plusieurs améliorations, à commencer par la création du guichet 1890 par la Sowalfin. « Ce service permet d'informer et d'orienter efficacement les porteurs de projet et entrepreneurs, quels que soient leur profil et leurs besoins. Ils peuvent ainsi rapidement comprendre à qui ils doivent s’adresser, identifier quelles sont les démarches à effectuer ainsi que se renseigner sur les aides dont ils peuvent bénéficier », confie Pierre Rion.

Côté progrès, le gouvernement précédent aurait également pris une série de décisions bien reçues par le milieu des start-ups. « J’ai notamment applaudi la décision de créer un CRM (customer relation manager), un logiciel de suivi qui fonctionne comme un pot commun dans lequel les incubateurs peuvent voir quel dossier est suivi par qui », précise Pierre Rion. Une initiative qui a toute son importance puisqu’elle contribue à diminuer un second effet pervers du foisonnement des incubateurs : la concurrence.

« Avec la multiplication des incubateurs de start-ups, nous avons  remarqué que certains petits malins faisaient en quelque sorte leur  shopping d’un incubateur à l’autre. Ils arrivent à mettre les incubateurs en concurrence. Ils profitent du refus d’un incubateur pour arracher une décision positive chez le voisin. C’est très malsain, car soit un projet mérite d’être financé, soit il n’est pas bon et il faut le refuser où qu’il aille », considère Pierre Rion.

La clé ? La spécialisation

Si des progrès sont constatés en la matière, la solution ultime résiderait cependant dans la spécialisation des incubateurs, selon Pierre Rion : « Plutôt que d’avoir des incubateurs trop généralistes avec des coachs à foison, il faut spécialiser les incubateurs dans chaque région en fonction des secteurs qui y sont fortement développés", poursuit-il.

"Par exemple, dans le coin de Louvain-la-Neuve, avec la présence de firmes comme GSK mais aussi l’UCLouvain et Saint-Luc qui forment de bons chercheurs, le secteur pharmaceutique se porte bien. Pourquoi ne pas spécialiser les incubateurs de la région dans cela ? Tandis qu’à Tournai, cette spécialisation pourrait concerner l’électromécanique ou le secteur ferroviaire », propose-t-il.

Pour renforcer l’efficacité des incubateurs de start-ups, le président du Conseil du numérique estime que les coachs, présents dans ces structures pour orienter les porteurs de projet, devraient systématiquement disposer d’un passé de start up ou d’entrepreneur. Il plaide également pour une communication plus intensive des start-ups avec les universités. Seule une start-up sur trois collabore actuellement avec ces dernières.

 
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