Quand deux étudiants deviennent les spécialistes belges des « micro-légumes »

Quand deux étudiants deviennent les spécialistes belges des « micro-légumes »

Dans les sous-sols de l’ancienne brasserie Belle-Vue, le long du canal à Bruxelles, Dario et Tom s’activent. Aménagement de l’espace, peintures, tout doit être prêt pour le déménagement prévu dans deux mois. C’est ici que les deux amis vont installer leur jeune business : MicroFlavours est une ferme urbaine spécialisée dans la production de micro-végétaux.

« Ce sont des jeunes pousses de légumes et d’herbes connues comme la coriandre, le brocoli, les petits pois, etc. Ce sont en fait des germes qu’on fait pousser sur un substrat et qu’on coupe après deux semaines. Les plantes sont alors toutes petites », explique Tom Wilgos. Elles n’ont donc pas encore l’aspect du légume, mais elles auraient une série d’autres avantages. « Elles contiennent beaucoup plus de valeurs nutritives que la plante âgée, car elles emmagasinent toute l’énergie nécessaire à celle-ci. Il y a aussi l’aspect gustatif, le goût est remarquable ! Si on prend une jeune pousse de radis, elle est beaucoup plus forte en goût que le radis lui-même ». Enfin, dernière qualité : l’aspect visuel. La jeune pousse est en effet idéale pour décorer une assiette.

Les toques étoilées séduites

Un dernier argument qui n’a pas laissés les plus grands chefs de la capitale indifférents. Aujourd’hui, MicroFlavours fournit 95 clients, tous Bruxellois. « Nous avons une dizaine de restaurants étoilés comme le Sea Grill, la Villa Lorraine ou Da Mimmo. Nous livrons également des traiteurs raffinés, des salles des fête ou des cuisines destinées à la direction des entreprises », poursuit notre interlocuteur de 22 ans.

Une succès story que les deux amis d’enfance n’ont probablement pas imaginée il y a un peu plus d’un an et demi, lorsqu’ils se revoient lors d’une soirée. Dario Vunckx, étudiant en finance et comptabilité, réalise des essais sur sa terrasse et dans sa cave. Son objectif : faire pousser des légumes de façon verticale. Un projet qui séduit Tom qui s'associe alors à son ami pour faire grandir le projet petit à petit. « Au début, c’était vraiment du bricolage », se souvient ce Bruxellois néerlandophone. Aujourd’hui, 18 variétés de végétaux sont produits dans la cave de Dario qui a été agrandie et réaménagée. « Nous faisons pousser sur cinq étages, ça représente un espace de production de 250 mètres carrés. C’est aussi intéressant car on optimise vraiment l’espace qui coûte cher en ville ».

Une agriculture alternative

Derrière ce projet, les deux entrepreneurs veulent aussi montrer qu’une autre agriculture est possible en ville. D’après Tom, leur méthode permet d’être 75% plus productif qu’un fermier traditionnel, qui produit de façon horizontale. « Nous avons un système d’eau réutilisable. Tout pousse dans un environnement contrôlé qui n’est pas dépendant des aléas du climat. Chez nous, c’est tous les jours une belle journée d’été », s’amuse-t-il.

Le nouvel espace qui accueillera MicroFlavours dès le mois de mars représente 450 mètres carrés au total. Un investissement financé par une campagne de crowdfunding, un subside de la région bruxelloise et un investisseur privé, qui va permettre à la start-up de croître et de se professionnaliser encore plus. « Nous allons devenir la plus grande ferme urbaine de Bruxelles, mais aussi de Belgique ! ».

MicroFlavours devrait également prendre une place de plus en plus importante sur un marché détenu pour l’instant par la firme hollandaise Koppert Cress. « Ce sont eux qui ont introduit le produit sur le marché. Aujourd’hui, on trouve quelques petits projets comme nous à Bruxelles. Mais ils sont spécialisés sur d’autres créneaux, comme la production pour les supermarchés. Il y a de la place pour tout le monde pour l’instant ».

L’entreprise projette également recruter un spécialiste en agronomie et un commercial. Actuellement, elle n’a pas encore d’employé mais travaille avec une ASBL spécialisée dans la réinsertion professionnelle pour la réalisation de certaines tâches. Enfin, la livraison, elle, continuera de se faire en vélo, car le respect de l’environnement, cela fait aussi partie de la philosophie du projet.

(Crédit photo : Phaedra Schraepen)

 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous

Le choix de la rédaction
  1. Vladimir Poutine avant la finale de la Coupe du monde de football, le 15 juillet 2018 à Moscou: une apothéose pour le chef du Kremlin, à l’issue d’un tournoi rondement mené.

    Euro 2020: le football, «soft power» de Poutine pour redorer l’image de la Russie

  2. Johnny Hallyday à Bercy en 2003.

    Johnny Hallyday, les secrets de fabrication d’une sacrée carrière posthume

  3. Jaco Van Dormael, dans son jardin ucclois. Trente ans ont passé, depuis «Toto le héros».

    Les Racines élémentaires de Jaco Van Dormael: «En Allemagne, j’étais der Franzose. En Belgique, je suis devenu le boche»

La chronique
  • La chronique Carta Academica: au moment où un tribunal nord-américain rend justice à George Floyd, en Belgique…

    Aux États-Unis, on semble vouloir faire la lumière sur les affaires de violences policières, particulièrement si elles entraînent la mort d’une personne. En Belgique, il n’est pas sûr que ce soit le cas. En tout cas, à Gand, le 16 mars dernier, on a bel et bien mis le couvercle sur une affaire qui aurait dû connaître un procès public.

    L’histoire, telle qu’elle est racontée ci-dessous est sans doute incomplète, peut-être bien biaisée, mais c’est celle qui ressort d’une décision de justice. Elle se passe à Roeselaere, en mai 2018. Monsieur Bangoura, d’origine guinéenne, se fait condamner à être expulsé de chez lui. Il ne s’est pas défendu au procès à ce propos. Le jour dit, un huissier chargé de l’expulsion, escorté de deux policiers, se présente au logis. Ils trouvent porte de bois et finissent par forcer l’entrée. Un chien hurle, menaçant, l’homme est allongé sur un divan. Moïse Lamine Bangoura crie,...

    Lire la suite

  • De la fragilité de l’ordre du monde

    J’étais dans la voiture, à Bruxelles. Je reçois un coup de fil du Président qui me dit : “Tu es prêt à entendre quelque chose d’énorme ? Je crois qu’on doit se retirer de l’Otan ce matin.” Le coup de fil s’est coupé inopinément et cela m’a donné quelques minutes pour réfléchir. J’ai tenté sans succès de joindre le général Mattis – le secrétaire d’Etat US à la Défense – et sur le moment, j’ai pensé que peut-être il avait déserté, que c’était trop pour lui. »

    Ce moment inouï...

    Lire la suite