Most wanted : développeurs (et créativité pour les recruter)

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L'économie belge mène plutôt bien sa barque ces dernières années, même si 2020 s'annonce plus faible, avec une prévision de croissance qui perd un petit 0,1% par rapport à l'année dernière. Mais il y a une ombre menaçante qui pèse sur la croissance d'un bon nombre d'entreprises : le manque cruel de profils IT bien formés, et plus spécifiquement de développeurs. C'est une réalité depuis plusieurs mois déjà, faisant place à une véritable guerre des talents qui devient, au fil du temps, de plus en plus impitoyable.

 

Le dernier grand champion dans le domaine du recrutement décalé, c'est Odoo, cette société wallonne spécialisée dans les logiciels de gestion d'entreprise qui ne fait que grandir, sans cesse, sans relâche. Mais pour maintenir ce cap, il ne fait pas bon dépendre des compétences IT sur le marché de l'emploi en 2020.

Pour garder son rythme de croisière, mais aussi et surtout pour pouvoir continuer de décoller, Odoo a besoin de recruter au moins 150 nouveaux développeurs d'ici un an, alors qu'ils ne sont, par exemple, que moitié moindre à sortir diplômés de l'UCLouvain. Un fameux défi donc, à l'heure où la guerre des talents fait rage : en Belgique, c'est un fait, n'avons pas assez d'informaticiens, et encore moins de développeurs. Une pénurie face à laquelle le démarchage sur LinkedIn, à la sortie des écoles ou sur les salons de l'emploi ne suffit plus. Il faut devenir plus créatif, quitte à être carrément... agressif. Odoo a franchi le cap.

 

Pourquoi on n'y a pas pensé avant ?

En moins de deux mois, l'entreprise wallonne a lancé deux opérations choc de recrutement. La première consiste à proposer une enveloppe de bienvenue de 10.000€ à tout développeur qui signera sous l'enseigne Odoo. Une démarche qui peut paraître racoleuse, mais on n'a rien sans rien et elle a fait ses preuves : le nombre de candidats au poste chaque jour a quintuplé depuis que la prime a été lancée. L'ennui ? Le bonus avait tendance à intéresser aussi (et surtout) des profils moins pointus que demandé.

C'est là que la seconde idée a fait son chemin : séduire les développeurs professionnels directement... sur leur lieu de travail ! Il faut oser, mais ils l'ont fait, et de manière intelligente. Emy Gilson, recruteuse de développeurs chez Odoo, explique le concept. « Pour attirer leur attention, il faut leur proposer ce qu'ils aiment : de la réflexion, des jeux de logique, des énigmes et de l'impertinence. Alors on s'est penché sur un jeu, une sorte de casse-tête, qu'on leur a envoyé à l'adresse de leur lieu de travail. Une fois qu'ils ont réussi à le résoudre, ils tombent sur une proposition pour un deuxième challenge à relever sur le site internet d'Odoo, où ils doivent retrouver un code, en onze étapes. Et au bout, on leur pose une dernière fois la question : « Êtes-vous prêts à relever encore une défi ? »

« C'est là qu'on leur propose de venir travailler chez nous, toujours en gagnant la prime de 10.000€. En deux semaines, on a signé 8 personnes. » C'est simple, efficace et, même si le doute est permis, la démarche est tout à fait légale : l'adresse des entreprises se trouve en deux clics sur le web. Quelques chefs de boîte ont crié au scandale, mais tant pis. A l'heure de la guerre des talents, s'en sortir, c'est surtout oser.

 
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