Compenser les émissions "carbone" de son entreprise, une fausse bonne idée?

Compenser les émissions "carbone" de son entreprise, une fausse bonne idée?

Planter des manguiers au Sénégal, des noyers au Pérou ou des palétuviers en Indonésie. C’est ce que proposent, pour quelques euros, des dizaines de sites internet destinés aux entreprises pour compenser leurs émissions carbones. Depuis plusieurs années, ces organismes, permettant à chacun de se racheter grâce à quelques graines, fleurissent sur la toile. CO2Logic en Belgique, ou Reforest’action en France par exemple, proposent des solutions clés en main pour les sociétés qui souhaitent apporter leur arbre à la planète.

Le but de l’opération: participer à la reforestation du globe pour endiguer le réchauffement climatique, grâce au pouvoir absorbant des végétaux. Un beau programme sur le papier… qui peut parfois s’avérer trompeur en réalité.

« Ça me fait doucement rigoler quand une entreprise dit avoir planté 2.000 arbres de l’autre côté du monde », commente Olivier Baudry, expert forestier indépendant ». C’est mieux que rien, mais c’est anecdotique; et surtout il n’y a aucune garantie sur le fait que ces arbres vont bien rester debout à long terme ». Et c’est là que le bat blesse. Les projets de reforestation ou de sauvegarde de la biodiversité peuvent être compliqués à contrôler, surtout lorsqu’ils sont mis en place dans des pays lointains. Difficile par exemple, sur certaines plateformes, de vérifier que les manguiers mis en terre en 2019 seront encore là dans cinq ans. Il faut pourtant des dizaines d’années avant qu’un arbre ait la capacité optimale d’absorber le carbone de l’atmosphère et d’être ainsi bénéfique pour l’environnement. Mal gérée, une plantation peut également appauvrir les sols et être contre-productive, notamment si une seule et même essence d’arbre est semée.

Des projets certifiés

Avant d’investir dans un projet de compensation carbone, il est donc nécessaire d’en vérifier les garanties. Plusieurs labels internationaux, comme le Gold Standard et le Voluntary Carbon Standard (VCS), authentifient les projets de compensation de manière sérieuse. CO2Logic et Reforest’action ne proposent ainsi que des projets certifiés par ces labels.

Mais si garanties et transparence sont une chose, encore faut-il ne pas compenser ses émissions n’importe comment. Selon Antoine Geerinckx, le fondateur de CO2Logic, il est important de calculer correctement son empreinte carbone avant de dédommager la planète. « Si la compensation se fait à la louche, cela provoque un déséquilibre et casse l’effet bénéfique », déplore-t-il. A ce titre, la solution « la plus populaire » offerte aux entreprises sur Reforest’action de planter 100 arbres pour 250 euros paraît un poil hasardeuse. Trois clics « pour faire sa part », sans avoir calculé au préalable ses émissions carbones? « Ce n’est pas l’idéal », reconnait le président de l’organisme, « mais c’est surtout une solution qui permet aux petites entreprises de mettre le pied à l’étrier ». Toujours mieux que rien, en somme.

Reste que ce point de vue est loin d’être partagé par tous: « Proposer aux gens de contrebalancer la pollution qu’ils ont engendré, cela n’amène pas à changer leur comportement en profondeur », dénonce An Lambrechts, directrice de l’équipe Ecosystème chez Greenpeace Belgique. «Le problème de base, ce sont les émissions bien sûr », tempère Antoine Geerinckx. «Mais pour créer un changement il faut d’abord conscientiser. Calculer son empreinte carbone et la compenser, c’est un outil complémentaire pour sensibiliser les gens », défend-t-il.

Louise Tessier

 
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