Les applis linguistiques se multiplient, mais que valent-elles vraiment ?

Les applis linguistiques se multiplient, mais que valent-elles vraiment ?

« Traduisez cette phase ». « Bonne réponse, bravo ! ». Quelques minutes de surf sur l’une des applications linguistiques les plus populaires pour constater que le concept a de quoi séduire : l’interface est ludique, les exercices stimulants, leur progression motivante. De là à respecter l’objectif d’y passer 15 minutes par jour ? C’est une probablement une autre histoire…

Il n’empêche, à l’heure où l’on communique avec l’autre bout de la planète en quelques clics, les applications linguistiques connaissent un succès croissant et se multiplient. « Les premières sont apparues il y a une petite dizaine d’années.  Avant d’être des applications, c’était surtout des plateformes d’e-learning avec des gros acteurs sur le marché », se souvient Sébastien Pabst.

Adaptées à plusieurs niveaux, avec plusieurs langues en portefeuille, elles s’utilisent aussi n’importe où. Des atouts qui assurent leur succès… si on les utilise pour ce qu’elles sont.   

A qui s’adressent-elles ?

La réponse de ce professionnel est claire : l’application linguistique sur smartphone est plutôt destinée aux débutants. « On va pouvoir découvrir les rudiments de la langue, des sonorités de base, du vocabulaire de base, etc. Mais plus on avance dans le développement de ses compétences, moins l’application va être utile. Très souvent, elles sont quand même limitées en termes de parcours pédagogique ».

Pour le dire en langage CECRL (le cadre européen commun de référence pour les langues) : « Pour des niveaux A1, ça peut donner quelques bases ; pour A2, on va commencer à atteindre les limites ». A partir du niveau B1, l’application ne présente plus beaucoup d’intérêt. Il y a cependant des exceptions, comme les applications mobiles créées à partir d’une plateforme d’e-learning, comme celle du belge Altissia. Babbel se réfère aussi au cadre européen.

Pour quels résultats ?

Malgré les promesses affichées par certains produits, pas de miracle possible. « Certaines annoncent que vous serez bilingue en trois mois. Il faut être réaliste, le travail d’une langue est un travail de longue haleine qui prend énormément de temps », recadre Sébastien Pabst. D’autre part, si les applications aident à mieux comprendre une langue, elles n’aident pas vraiment à parler. « L’objectif « me faire comprendre » n’est possible qu’avec un interlocuteur. C’est la grosse limite des applications mobiles ».

Quid du prix ?

Certaines applis, comme la populaire Duolingo, sont gratuites. Les autres ont des formules mixtes ou ne s’utilisent que contre quelques euros par mois. A vous de ne pas surestimer votre motivation. « Beaucoup d’applications fonctionnent sur le modèle des salles de sport. Vous payez mensuellement un abonnement avec un accès illimité. Au début, on y va tous les jours, puis une fois par semaine, puis au bout de quelques mois, on a oublié d’y aller ».  Globalement, il faut compter en moyenne entre 35 et 80 euros par an pour les applications les plus connues comme Busuu, Memrise ou Babbel.   

Bien choisir sa pédagogie

Sébastien Pabst appelle à la prudence. « Le problème, c’est qu’on trouve tout et n’importe quoi ! Il y a des acteurs sérieux, qui sont là depuis longtemps et dont c’est le métier. D’autres acteurs débarquent parce qu’ils sont attirés par la manne financière », prévient notre spécialiste. Celui-ci conseille de se renseigner sur qui est derrière l’application. Autre démarche avant de s’engager : tester le produit. « La plupart proposent en effet des tests gratuits ».

Un certain nombre d’applications se révèlent n’être que de simples dictionnaires illustrés, proposant, en gros, des listes de vocabulaire. D’autres – celles élaborées par des organismes de formation notamment - proposent un véritable parcours pédagogique. « La progression est rythmée avec des objectifs pédagogiques à atteindre avant de passer au niveau suivant. On trouve aussi beaucoup de gamification ». Certaines applications proposent aussi du « social learning », c’est-à-dire des échanges entre pairs, des systèmes de chat, la possibilité de relier son compte sur son compte Facebook, etc.  

Des innovations constantes

Aujourd’hui, ces applications sont de plus en plus innovatrices. Certaines utilisent de la réalité virtuelle. « Il y a beaucoup d’intelligence artificielle aussi, basée sur de la reconnaissance vocale. Par exemple, je vais utiliser le micro de mon smartphone pour enregistrer ma réponse, et l’IA de l’application va réagir en fonction de ce que j’ai dit », illustre Sébastien Pabst. Des technologies qui n’en sont encore qu’à leurs balbutiements. « Le jour où tout cela va se développer, notre métier de formateur sera en danger », s’amuse notre interlocuteur, qui se rassure : le socio-culturel, lui, ne pourra jamais être transmis par une application. 

 
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