« La mobilité internationale n’est pas réservée aux bardés de diplômes »

« La mobilité internationale n’est pas réservée aux bardés de diplômes »

Partir travailler à l’étranger, c’est un rêve que souhaiteraient pouvoir concrétiser de nombreux Belges. A titre d’exemple, une étude d’Actiris de décembre dernier révélait un vif intérêt des chercheurs d’emploi bruxellois pour des expériences de travail à l’international : six chercheurs d’emploi sur 10 déclaraient souhaiter développer leur carrière à l’étranger.

La tranche d’âge la plus désireuse de travail à l’extérieur de nos frontières ne serait cependant pas celle qu’on pourrait croire. « Nous avons eu, pendant un certain nombre d’années, l’idée que les travailleurs belges qui souhaitaient s’expatrier étaient les jeunes qui entrent sur le marché de l’emploi. Mais on remarque aujourd’hui que ce n’est pas vraiment le cas. Certes les jeunes s’engagent dans des expériences d’expatriation, mais celles-ci sont en général beaucoup plus prédéfinies et limitées à un ou deux ans, avec un retour prévu ensuite en Belgique », affirme Kamila Moulaï, docteure en Sciences économiques et de gestion à l’UCLouvain et spécialiste des travailleurs hautement qualifiés.

Ce sont, en revanche, les travailleurs appartenant à la tranche d’âge des 30-40 ans qui quitteraient définitivement notre pays pour exercer leur profession. « Il s’agit généralement de travailleurs qui ont eu une expérience professionnel ici, mais qui, malgré le fait d’avoir un niveau de salaire satisfaisant dans une bonne entreprise, ne parviennent plus à voir les possibilités d’une plus grande ascension de carrière. Ce sont souvent des personnes qui font face à une désillusion au niveau professionnel. Ils ne prennent pas cette décision à la légère. Ils font un bilan au préalable », précise Kamila Moulaï.

Un intérêt plus grand pour les moins qualifiés

L’avènement des réseaux sociaux jouerait un rôle prépondérant dans cette envie d’expatriation. « Nous vivons dans un environnement qui est aujourd’hui tellement connecté qu’on a accès tous les jours, via les réseaux sociaux, aux possibilités qui sont offertes aux autres. On voit qu’un tel a été promu, que d’anciens collègues réalisent un parcours à l’étranger, alors on finit par se dire qu’on a envie de bénéficier des mêmes opportunités », détaille la doctorante.

Parce qu’ils ont des attentes et des exigences beaucoup plus élevées, les travailleurs hautement qualifiés ne franchissent le pas que s’ils ont des opportunités concrètes d’emploi à l’étranger. Ainsi, ils n’entament les démarches d’expatriation qu’après avoir été repérés, ou s’ils ont déjà eu un contact avec un employeur, via LinkedIn ou Skype par exemple.

« Mais la mobilité internationale est loin d’être réservée aux bardés de diplômes », précise Kamila Moulaï, « Elle est, au contraire, stratégiquement plus intéressante pour les profils moins qualifiés. Et ce, parce qu’ils n’ont pas grand-chose à perdre en terme de crédibilité auprès de l’employeur. Un travailleur qui n’a pas un haut niveau de qualification mais qui est prêt à faire des milliers de kilomètres et quitter ses proches pour travailler renvoie une image de quelqu’un qui en veut. Il montre sa motivation. Les profils les moins diplômés ont donc peut-être plus à gagner dans une carrière à l’internationale que les travailleurs hautement qualifiés ».

Côté destination, le rêve d’Eldorado à l’étranger des travailleurs belges les emmène majoritairement vers les Etats-Unis ainsi qu’au Canada. Les pays d’Amérique latine seraient, quant à eux, souvent prisés par les plus jeunes en quête d’expériences plus limitées dans le temps.

 
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