Jean Daniel, fondateur du «Nouvel Obs», est mort

Jean Daniel vouait une affection particulière pour la politique au Moyen-Orient et en France.
Jean Daniel vouait une affection particulière pour la politique au Moyen-Orient et en France.

Jean Daniel, fondateur, directeur et éditorialiste du Nouvel Observateur, s’est éteint dans la soirée du mercredi 19 février, à l’âge de 99 ans. Figure prestigieuse du journalisme et de la gauche, proche d’Albert Camus, il était né le 21 juillet 1920, à Bilda, perle du désert dans les environs d’Alger. Cadet d’une famille juive de 11 enfants, il forge sa conscience politique dans les années 30 en épousant les idées du Front populaire. La lecture, en 1936, de l’ouvrage d’André Gide, « Retour d’URSS », critique précoce et lucide du stalinisme, lui évitera de succomber à la fascination communiste. Plus tard, il affichera ouvertement son soutien à l’union de la gauche et à François Mitterrand.

Pendant la guerre, comme résistant, il participe à la libération d’Alger au sein de la 2e DB du général Leclercq. Il décroche ensuite un diplôme de philosophie à la Sorbonne. A sa sortie, politique et journalisme forgeront le socle définitif de sa vie.

Repéré par Jean-Jacques Servan-Schreiber, il couvre la guerre d’Algérie pour L’Express, non sans cacher sa détermination à convaincre la France de mener des négociations avec le FLN. En 1961, lors d’un reportage en pleine crise de Bizerte (qui oppose la France et la Tunisie), il est gravement blessé au fémur.

Il gagne une aura internationale en 1963 en réalisant sans doute la dernière grande interview de John F. Kennedy. Jean Daniel aimait raconter que le président américain lui aurait confié un message à transmettre à Fidel Castro. Le Nouvel Observateur, qu’il fonde en 1964 main dans la main avec l’industriel Claude Pedriel, rappelle que « c’est en compagnie du célèbre leader de la révolution cubaine qu’il apprend l’assassinat de Kennedy, le 22 novembre 1963 ».

« Une conscience de ce monde »

Directeur de publication de « L’Obs » jusqu’en 2008, il continuera jusqu’à ses derniers instants à imprimer sa marque dans des éditos ou des chroniques engagés et intellectuellement riches. Sa plume est de celles que l’on trempe dans le terreau des grands combats sociétaux de ces 60 dernières années : droits des femmes, droit à l’avortement, droit des homosexuels, antiracisme… Sous son ère, « L’Obs » était devenu le porte-étendard et le vivier intellectuel de ce qu’il appelait « la deuxième gauche ». Les intellectuels s’y bousculent : Régis Debray, Edgar Morin, Paul Riceour, Milan Kundera, Sartre, Lévi-Strauss, Amos Oz, Michel Foucault…

A ce titre, Jean Daniel peut être considéré comme le dernier grand témoin et un acteur des grandes mutations du XXe siècle. « Une conscience de ce monde », écrit, en hommage à son fondateur, le site internet de « L’Obs ».

 
 
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