Ne pas avoir d’enfant, un choix parfois climatique

Ne pas avoir d’enfant, un choix parfois climatique

Julien a 31 ans. En couple depuis plus de dix ans avec sa compagne, tous les deux sont sûrs de leur choix : ils n’auront pas d’enfant. « La vie est pleine d’embûches et il y a de plus en plus de précarité. On ne veut pas imposer à notre enfant que l’on a pas, mais que l’on aime déjà, un avenir non pérenne », explique-t-il tranquillement.

Cette décision, prise il y a déjà des années, est d’autant plus renforcée par la réalité climatique. La banquise qui fond, les espèces qui disparaissent… La situation est loin d’être rassurante. « Les écosystèmes s’effondrent totalement. C’est une vraie menace. Un enfant qui nait aujourd’hui aura soixante ans en 2080 : vu les prévisions des rapports sur le changement climatique, on imagine qu’il vivra des moments compliqués », soulève-t-il.

Selon une étude de la VUB réalisée en 2018, un Belge sur dix âgé entre 25 et 35 ans ne veut pas d’enfant. Les raisons sont multiples, et pas seulement liées à l’environnement. Mais si ce chiffre est supérieur à la moyenne européenne, décider de ne pas fonder une famille reste globalement rare dans notre société. Et les incompréhensions qui accompagnent ce choix sont nombreuses.

Julien en témoigne : « Notre volonté pose beaucoup question à notre entourage, car nous sommes hors du moule. Mais nous, au contraire, nous voulons montrer qu’avoir des enfants ce n’est pas un aboutissement du couple en soi. Finalement, on se rend compte que c’est un sujet assez tabou et que très peu de personnes ont une vraie réflexion à ce sujet », regrette-t-il.

Pour Julien et sa compagne, ne pas avoir d’enfant c’est aussi une façon de se donner du temps « pour ré-enchanter le monde ». D’être vraiment en phase avec leurs préoccupations sociales et environnementales. « On essaye de donner notre temps sans enfant pour apporter du sens à notre consommation par exemple, afin qu’elle soit plus durable : faire notre propre pain, etc. Ce sont des choses qui demandent du temps que les parents n’ont souvent pas ».

« Green inclination, no kids »

Au delà des craintes liées à un avenir incertain, certains adultes estiment qu’avoir un enfant rajoute un consommateur à une planète déjà surpeuplée. On les appelle les GINKS : « Green inclination, no kids ». Une étude des chercheurs Seth Wynes et Kimberly A Nicholas, publiée en 2017, place ainsi le fait d’avoir un enfant en haut de la liste des actes individuels les plus polluants. Selon cette étude, un bambin né dans un pays développé émet en moyenne 58,6 tonnes de CO2 par an. La même année, 15.000 scientifiques de 184 pays signaient un manifeste dans lequel ils plaidaient notamment pour la stabilité démographique afin de sauver la planète.

« Remettre en cause la natalité, c’est un faux problème et c’est liberticide », réagit pour sa part Julien. « Le problème ne vient pas de faire des enfants mais de nos actes à nous, aujourd’hui. Si les richesses étaient mieux réparties, la Terre pourrait accueillir 10 milliards d’êtres humains », estime-t-il. C’est d’ailleurs le nombre d’habitants projeté par l’ONU pour 2100. Quoi qu’il en soit, « faire des enfants ou non doit être une décision personnelle, chacun fait ce qu’il veut », conclut-il.

 
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