Nethys: Orange Belgium demande la suspension de la vente de Voo

Michael Trabbia, CEO d’Orange Belgium.
Michael Trabbia, CEO d’Orange Belgium. - Belga.

Orange Belgium demande la suspension de la vente de la société Voo et la désignation d’un expert chargé d’éclaircir les circonstances et modalités de la vente de Voo à Providence.

Orange Belgium a indiqué ce matin à l’agence Belga avoir cité en référé les sociétés Nethys -maison mère de Voo- et OTP Luxco -qui représente les intérêts du fonds d’investissement Providence.

L’intéressement de Heyse et Moreau dans le viseur

Orange veut notamment comprendre pourquoi le plan d’intéressement négocié avec Providence à l’occasion de la vente de Voo bénéficiait au management de Nethys et non à celui de sa filiale télécoms Voo comme cela aurait dû normalement être le cas. Il était en effet prévu que Stéphane Moreau et Pol Heyse, ex-dirigeants de Nethys, entrent dans le capital de la nouvelle société abritant les activités de Voo, sans y jouer de rôle opérationnel. Ils devaient, ensemble, y investir un montant de l’ordre de 2 millions d’euros. Ce plan d’intéressement a été supprimé lors de la renégociation menée par le nouveau management de Nethys. Mais le fait que les deux anciens hommes forts du groupe aient été écartés du deal ne change rien, pour Orange. L’entreprise estime que s’il y a eu des éléments frauduleux dans le premier accord de vente, ceux-ci entachent l’ensemble de la procédure.

Pour rappel, lorsqu’il a annulé la vente de Voo, le gouvernement wallon n’a pu casser « que » la décision de vente prise par le conseil d’administration de Nethys. Mais, juridiquement, il n’était pas possible pour la tutelle wallonne de rompre le contrat signé entre Nethys et Providence. Pour s’éviter une longue procédure juridique contre Providence, le nouveau Nethys a donc choisi de renégocier l’accord conclu avec Providence, plutôt que d’ouvrir une nouvelle procédure de vente. Et un accord est intervenu. Orange n’a donc pas eu l’occasion de se porter candidat, une seconde fois, au rachat de Voo.

Orange veut aussi comprendre pourquoi l’ancien conseil d’administration de Nethys a accepté le prix proposé par Providence alors que ce n’était pas la meilleure offre sur la table. Et s’il y a un lien entre cette acceptation et le plan d’intéressement proposé à l’époque à Stéphane Moreau et Pol Heyse.

Orange Belgium demande la suspension, avec effet immédiat, « de tout accord par lequel Nethys céderait des actions de Voo, notamment à Providence Equity Partners LLC ou à toute autre société de son groupe ».

L’opérateur veut également la nomination d’un expert judiciaire, chargé d’investiguer les éléments factuels du dossier. « Ce complément d’information lui semble nécessaire au vu des différentes révélations qui ont entouré cette procédure de vente », conclut dans son communiqué l’opérateur télécoms, qui a en outre introduit une action en annulation de la vente « pour les mêmes motifs ».

Telenet n’attaquera pas

Telenet, l’autre grand candidat malheureux à l’acquisition de Voo, ne compte pas suivre l’exemple d’Orange. « Nous n’avons pas l’intention d’introduire un recours, ni de nous associer à celui d’Orange, explique au Soir Coralie Miserque, porte-parole. Nous avons évalué la possibilité de le faire car nous sommes d’avis – comme Orange – que le processus de vente manquait de transparence et n’a pas été mené de manière concurrentielle et juste. Nous avons pesé le pour et le contre, évalué nos chances de succès et au final, nous avons décidé de ne pas aller en justice ».

Nethys s’étonne du timing

A 14 heures, Nethys a réagi par communiqué. « Cette démarche judiciaire peut surprendre. Orange Belgium n’a pas saisi la justice, ni lorsqu’elle a appris en septembre 2019 l’existence de la vente à Providence, ni lorsque la reprise des négociations avec Providence a été rendue publique fin novembre 2019 », écrit la société liégeoise. « C’est finalement près de deux mois après l’annonce de la conclusion d’un nouvel accord avec Providence qu’Orange Belgium invoque l’urgence pour tenter de bloquer cette opération ». Nethys confirme avoir reçu ce matin les citations en référé et au fond, et annonce qu’elle « défendra vigoureusement ses intérêts ».

Quant au ministre de tutelle wallon, Pierre-Yves Dermagne (PS), il prend acte sobrement. « On va analyser la portée de ce recours et les éventuelles suites à donner ». Pour mémoire, après analyse juridique, le ministre a considéré qu’il n’avait aucune raison de s’opposer à cette vente aux Américains.

 
 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous