Les taux d'intérêt sur la dette plongent, en pleine déconfiture boursière

Vers 17H30 GMT (18H30 à Bruxelles), le taux d'intérêt sur la dette américaine à 10 ans se détendait à 0,518%, après avoir chuté jusqu'à 0,314% un peu plus tôt, le plus bas de son histoire. Le taux d'intérêt évolue en sens opposé à celui du prix des obligations.

Fait inédit, tous les rendements de la dette américaine évoluaient sous la barre de 1% lundi après le passage sous ce niveau du taux de la dette à 30 ans. Ce taux s'affichait à 0,890% après être passé sous le seuil symbolique de 1% quelques heures plus tôt.

"On observe une aversion au risque très forte" sur le marché de la dette, relève Hubert Lemoine, directeur des investissements chez Schelcher Prince Gestion, interrogé par l'AFP.

Autres valeurs refuge pour les investisseurs, le taux allemand à 10 ans, le "Bund", cotait -0,856% en fin d'après-midi, après avoir touché un nouveau record à la baisse à -0,907%. Celui à 30 ans s'affichait à -0,490%, peu après avoir atteint son nouveau plus bas historique à -0,552%.

Le taux français à 10 ans s'enfonçait lui aussi un peu plus en territoire négatif, à -0,383% contre -0,352% à la précédente clôture, après avoir touché un plus bas à -0,427% en début d'après-midi.

Les investisseurs se réfugiaient vers ces actifs réputés peu risqués, ces États présentant peu de risque de faire défaut, alors que les places financières ont connu un nouveau lundi noir: à Paris, le CAC a connu sa pire séance depuis 2008 (-8,39%), à Francfort, le Dax a perdu 7,94% et à Londres, le FTSE 100 s'est effondré de 7,15%. Le Bel 20 a connu sa deuxième pire séance, avec un plongeon de 7,58%.

Ces chutes spectaculaires surviennent dans le sillage de l'écroulement des cours du pétrole alors que des discussions entre l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses alliés, principalement la Russie, ont échoué vendredi.

La décision de l'Arabie Saoudite d'entrer dans une guerre des prix avec la Russie après le refus de cette dernière de participer à une nouvelle baisse des quotas de production lors de la réunion de la semaine dernière a conduit les cours du pétrole à dévisser de plus de 30%, un plongeon observé en 1991 au moment de la guerre du Golfe.

A l'inverse, le taux d'intérêt sur la dette de certains pays périphériques de la zone euro se tendait, à l'instar du taux italien à 10 ans qui évoluait à 1,424%, alors que l'Italie est confrontée à une paralysie économique du fait de la crise du coronavirus.

Le marché de la dette et l'ensemble des marchés financiers sont soumis à de très fortes pressions depuis l'éclatement de cette crise sanitaire à travers le monde, faisant notamment craindre des faillites massives d'entreprises en raison de mesures de confinement.

Face aux turbulences financières, les autorités tentent de rassurer: après avoir annoncé une baisse surprise des taux d'intérêt de 0,50 point le 3 mars, la Banque centrale américaine a annoncé lundi qu'elle allait injecter au moins 150 milliards de dollars par jour sur le marché monétaire.

La Banque centrale européenne est désormais très attendue et pourrait déployer jeudi un éventail de mesures, inédites pour certaines, alors que ses marges de manœuvre sur les taux sont réduites du fait de taux déjà au plus bas.

Après les prêts géants bon marché accordés aux banques (TLTRO) depuis cet automne, dont les conditions pourraient être encore assouplies, il pourrait s'agir de lancer un programme de prêts "pour les PME", indique à l'AFP une source proche de la BCE.

Face à l'épidémie, sa présidente, Christine Lagarde, devrait par ailleurs plus que jamais inviter les États à réagir, elle qui martèle que la politique monétaire ne peut pas tout faire.

Parmi de potentielles mesures budgétaires, les analystes de la Banque postale AM évoquent des mesures de soutien à la consommation et à la trésorerie des entreprises. Il existe "beaucoup de solutions pour amoindrir les effets récessifs du coronavirus, reste à savoir si elles seront mises en place", résument-ils.

 
 
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